Sitemap Dans « De la démocratie en Amérique », Alexis de Tocqueville décrit un possible « despotisme du futur », une nouvelle forme de domination. Elle s’ingèrerait jusque dans la vie privée des citoyens, développant un autoritarisme « plus étendu et plus doux », qui « dégraderait les hommes sans les tourmenter. » Ce nouveau pouvoir, pour lequel dit-il « les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent pas », transformerait les citoyens en « une foule innombrable d’hommes semblables (…) qui tournent sans repos pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, (…) où chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée des autres.» Isolés, tout à leur distraction, concentrés sur leurs intérêts immédiats, incapables de s’associer pour résister, ces hommes remettent alors leur destinée à « un pouvoir immense et tutélaire qui se charge d’assurer leur jouissance (…) et ne cherche qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance. Ce pouvoir aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il pourvoit leur sécurité (…) facilite leurs plaisirs (…) Il ne brise pas les volontés mais il les amollit (…), il éteint, il hébète. » C'était une sorte de prophétie, mais nous y sommes aujourd’hui. C’est le « Monstre doux » dont l’Italie me semble être l’avant-garde, le prototype abouti. Il s’agit d’un régime global de gouvernement, qui ne concerne pas que la politique, mais aussi d’un système médiatique, télévisuel, culturel, cognitif, une forme d’ambiance infantilisante persistante qui pèse sur toute la société. Ce régime s’appuie sur une Nouvelle Droite anonyme et diffuse, associée au grand capital national et international, plus proche des milieux financiers qu’industriels, puissante dans les médias, intéressée à l’expansion de la consommation et du divertissement qui lui semblent la véritable mission de la modernité, décidée à réduire le contrôle de l’Etat et les services publics, rétive à la lenteur de la prise de décision démocratique, méprisant la vie intellectuelle et la recherche, développant une idéologie de la réussite individuelle, cherchant à museler son opposition, violente à l’égard des minorités, populiste au sens où elle contourne la démocratie au nom de ce que « veut le peuple ». En Italie, l’administration Berlusconi incarne cette droite jusqu’à la caricature. Mais aussi en France, depuis le fameux dîner du Fouquet’s, aujourd’hui avec l’histoire Bettancourt, votre gouvernement a montré plusieurs fois ses accointances avec le monde des affaires et des médias, quant au président Sarkozy, il a fait scandale pour son omniprésence à la télévision et son train de vie de star. Sa politique me semble exemplaire de cette nouvelle droite refusant d’imposer comme d’effrayer les plus riches, voulant diminuer les services publics et flirtant avec le populisme et certaines thèses d’extrême droite.