Henri MOULINIER
Ci-dessous la copie de 2 commentaires de proviseur laissés sur le blog
Conseils de classe, instructif... (en bas de page)
directeur furieux ( d'un établissement privé)
le 14 nov 2008 à 11:39
Est-ce que nos dirigeants se rendent compte des conséquences que cette réforme va avoir sur le travail des chefs d’établissement ?
Quelques exemples des difficiultés auxquelles je dois me préparer dans mon lycée :
1. Que vais je faire avec les professeurs dont les horaires seront réduits (je pense aux SES, au latin, aux arts, aux langues 3…) et auxquels je ne saurai quel service confier ? Est ce que l’on sait en haut lieu que dans les établissements privés sous contrat les enseignants ne sont pas fonctionnaires, et n’ont donc pas la garantie de l’emploi, même quand ils ont réussi les concours (au contraire du public) ? Je vais donc devoir mettre en temps partiel imposé des enseignants qui ne le demandent pas, ne pas renouveler le contrat de quelques uns … Génial ! le “chef d’établissement manager” c’est donc ça !
2. Comment vais je faire pour offrir des salles en nombre suffisant pour les multiples “groupes élèves” que cette réforme va créer, avec la multiplication des enseignements “modulaires optionnels au choix des élèves”. Comment pousser les murs, tailler des petites salles là ou il y en a des grandes … moi qui dirige un établissement classé dans lequel il m’est interdit de toucher à l’architecture externe et interne ?
3. Comment vais je organiser les services des enseignants qui auront des activités fluctuantes d’un semestre à l’autre. Sur la base actuelle du “18 ou 15 h de service par semaine” (selon qu’ils sont certifiés ou agrégés), je n’y parviendrai pas. Est-ce que le ministre pourrait être plus franc du collier et dire que ce nouveau lycée ne pourra fonctionner qu’en annualisant le service dû par chaque enseignant… et ça ne va pas du tout leur plaire, d’où sans doute le scandaleux silence ministériel sur cet aspect des choses. La “patate” est trop chaude sans doute. Et qui c’est qui va devoir s’y coller ? Les chefs d’établissements bien sur.
On a donc pondu une véritable usine à gaz… et on ne nous permet même pas d’y réfléchir avec un temps digne de ce nom pour mettre cette réforme (dont je ne discute pas les principes, mais les modalités d’application) en oeuvre. Monsieur le Ministre: la rentrée 2010 ç’aurait été très bien ! Pourquoi cette précipitation pour une apllication rentrée 2009 ?
Merci en tous cas d’avoir ouvert cet espace de discussion sur un aussi grave problème. Que les profs se rassurent au moins sur un point : les chefs d’établissements sont conscients eux aussi des difficultés.
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# protalle 15 nov 2008 à 13:24
Merci au chef d’établissement qui a eu le courage (limité cependant puisqu’il reste anonyme, mais je ne le lui reproche pas, d’autant que je fais la même chose), de faire part de son point de vue sur la réforme.
Je suis moi même proviseur d’un lycée de province, installé au centre d’une grande ville.
Je partage tout à fai le point de vue de mon collègue du privé.
Je voudrais mettre le doigt sur une autre difficulté, qui tient à l’évoltion des besoins horaires en enseignement par discipline. Je vois sur ce blog que beaucoup de professeurs de SES sont inquiets pour l’avenir de leur discipline, et leur avenir personnel. Je peux leur dire que dans mon lycée c’est pareil.
Objectivement, avec la nouvelle seconde, je prévois une forte diminution du besoin horaire de SES : il est clair qu’avec la concurrence qui va s’installer entre les “enseignements compémentaires au choix” (et notamment la présence des SVT, de la physique-chime, d’un module d’approfondissement en maths (sous réserve de confirmation dans le texte officiel à venir bien sur), une part beaucoup plus faible des élèves vont opter pour les SES en seconde. Dans mon lycée, nous tablons d’ores et déjà, sur les bases actuellement annoncées, pour une réduction de 30 à 35% des besoins horaires de SES en seconde. Concrètement, cela revient à reprendre un poste à un poste et demie sur les 5 que nous avons (je dirige un gros lycée, et nous avons près de quinze secondes).
Et nous craignons que cela se prolonge dans le cyle terminal. Notre hypothèse est que nous allons avoir nettement plus élèves en “sciences” (S), un peu plus en “humanités” (L) et assez nettement moins en “sciences de la société” (ES) et ce compte tenu de ce qui va se produire en seconde. le fait d’écarter les profs de SES d’un nombre accru d’élèves de seconde ne va probablement pas jouer en faveur d’une envie d’orientation vers la voie “sciences de la société”. Mais j’ai conscience que là, je fais un peu de la lecture dans le marc de café : pour le cycle terminal, rien n’est vraiment fixé, et donc, il faut attendre.
Je termine en signalant que les SES ne sont malheureusement pas la seule discipline ainsi menacée : nos prévoyons de grandes difficultés pour les services de nos professeurs des disciplines artistiques, de latin et grec classique, de LV3 aussi.
J’ai évoqué cette question lors d’une récente réunion des chefs d’établissements, présidée par le recteur et en présence des inspecteur d’académie, consacée à la mise en oeuvre de la réforme du lycée. On m’a répndu que rien n’est encore certain, des “inflexions” pouvant encore survenir en seconde (!), mais que de toutes les façons, grâce à la flexibilité du travail des enseignants (!!), ils pourraient intervenir dans des “disciplines voisines”, faire du soutien “y compris en dehors de leur discipline”, intervenir en orientation, etc.
Terrible réponse non ?
Michel, proviseur
directeur furieux ( d'un établissement privé)
le 14 nov 2008 à 11:39
Est-ce que nos dirigeants se rendent compte des conséquences que cette réforme va avoir sur le travail des chefs d’établissement ?
Quelques exemples des difficiultés auxquelles je dois me préparer dans mon lycée :
1. Que vais je faire avec les professeurs dont les horaires seront réduits (je pense aux SES, au latin, aux arts, aux langues 3…) et auxquels je ne saurai quel service confier ? Est ce que l’on sait en haut lieu que dans les établissements privés sous contrat les enseignants ne sont pas fonctionnaires, et n’ont donc pas la garantie de l’emploi, même quand ils ont réussi les concours (au contraire du public) ? Je vais donc devoir mettre en temps partiel imposé des enseignants qui ne le demandent pas, ne pas renouveler le contrat de quelques uns … Génial ! le “chef d’établissement manager” c’est donc ça !
2. Comment vais je faire pour offrir des salles en nombre suffisant pour les multiples “groupes élèves” que cette réforme va créer, avec la multiplication des enseignements “modulaires optionnels au choix des élèves”. Comment pousser les murs, tailler des petites salles là ou il y en a des grandes … moi qui dirige un établissement classé dans lequel il m’est interdit de toucher à l’architecture externe et interne ?
3. Comment vais je organiser les services des enseignants qui auront des activités fluctuantes d’un semestre à l’autre. Sur la base actuelle du “18 ou 15 h de service par semaine” (selon qu’ils sont certifiés ou agrégés), je n’y parviendrai pas. Est-ce que le ministre pourrait être plus franc du collier et dire que ce nouveau lycée ne pourra fonctionner qu’en annualisant le service dû par chaque enseignant… et ça ne va pas du tout leur plaire, d’où sans doute le scandaleux silence ministériel sur cet aspect des choses. La “patate” est trop chaude sans doute. Et qui c’est qui va devoir s’y coller ? Les chefs d’établissements bien sur.
On a donc pondu une véritable usine à gaz… et on ne nous permet même pas d’y réfléchir avec un temps digne de ce nom pour mettre cette réforme (dont je ne discute pas les principes, mais les modalités d’application) en oeuvre. Monsieur le Ministre: la rentrée 2010 ç’aurait été très bien ! Pourquoi cette précipitation pour une apllication rentrée 2009 ?
Merci en tous cas d’avoir ouvert cet espace de discussion sur un aussi grave problème. Que les profs se rassurent au moins sur un point : les chefs d’établissements sont conscients eux aussi des difficultés.
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# protalle 15 nov 2008 à 13:24
Merci au chef d’établissement qui a eu le courage (limité cependant puisqu’il reste anonyme, mais je ne le lui reproche pas, d’autant que je fais la même chose), de faire part de son point de vue sur la réforme.
Je suis moi même proviseur d’un lycée de province, installé au centre d’une grande ville.
Je partage tout à fai le point de vue de mon collègue du privé.
Je voudrais mettre le doigt sur une autre difficulté, qui tient à l’évoltion des besoins horaires en enseignement par discipline. Je vois sur ce blog que beaucoup de professeurs de SES sont inquiets pour l’avenir de leur discipline, et leur avenir personnel. Je peux leur dire que dans mon lycée c’est pareil.
Objectivement, avec la nouvelle seconde, je prévois une forte diminution du besoin horaire de SES : il est clair qu’avec la concurrence qui va s’installer entre les “enseignements compémentaires au choix” (et notamment la présence des SVT, de la physique-chime, d’un module d’approfondissement en maths (sous réserve de confirmation dans le texte officiel à venir bien sur), une part beaucoup plus faible des élèves vont opter pour les SES en seconde. Dans mon lycée, nous tablons d’ores et déjà, sur les bases actuellement annoncées, pour une réduction de 30 à 35% des besoins horaires de SES en seconde. Concrètement, cela revient à reprendre un poste à un poste et demie sur les 5 que nous avons (je dirige un gros lycée, et nous avons près de quinze secondes).
Et nous craignons que cela se prolonge dans le cyle terminal. Notre hypothèse est que nous allons avoir nettement plus élèves en “sciences” (S), un peu plus en “humanités” (L) et assez nettement moins en “sciences de la société” (ES) et ce compte tenu de ce qui va se produire en seconde. le fait d’écarter les profs de SES d’un nombre accru d’élèves de seconde ne va probablement pas jouer en faveur d’une envie d’orientation vers la voie “sciences de la société”. Mais j’ai conscience que là, je fais un peu de la lecture dans le marc de café : pour le cycle terminal, rien n’est vraiment fixé, et donc, il faut attendre.
Je termine en signalant que les SES ne sont malheureusement pas la seule discipline ainsi menacée : nos prévoyons de grandes difficultés pour les services de nos professeurs des disciplines artistiques, de latin et grec classique, de LV3 aussi.
J’ai évoqué cette question lors d’une récente réunion des chefs d’établissements, présidée par le recteur et en présence des inspecteur d’académie, consacée à la mise en oeuvre de la réforme du lycée. On m’a répndu que rien n’est encore certain, des “inflexions” pouvant encore survenir en seconde (!), mais que de toutes les façons, grâce à la flexibilité du travail des enseignants (!!), ils pourraient intervenir dans des “disciplines voisines”, faire du soutien “y compris en dehors de leur discipline”, intervenir en orientation, etc.
Terrible réponse non ?
Michel, proviseur
Sam 15 nov 2008
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