Egalité

Jeudi 18 février 2010 4 18 /02 /2010 08:44

«La femme réduite au chimpaInterview

Parité. Dans son livre à paraître vendredi, Elisabeth Badinter dénonce une offensive réactionnaire faisant de la maternité le Saint-Graal de la femme.

Par CHARLOTTE ROTMAN

Elle parle de «guerre idéologique souterraine», de «retour en force du naturalisme», de «culpabilisation des mères». Pour avoir observé les femmes autour d’elle, scruté les pratiques de la prosélyte Leche League (1) engagée dans une «bataille du lait», épluché les recommandations de certains pédiatres et des théoriciens de «l’instinct maternel», décortiqué le féminisme, Elisabeth Badinter décrit l’émergence d’un nouveau modèle, qui fait de la maternité le cœur de l’identité féminine. Dans son dernier opus intitulé le Conflit, la Femme et la Mère qui paraîtra vendredi chez Flammarion et fait déjà polémique, la philosophe analyse cette menace. Le livre est dédié à «Robert».

Qu’est-ce que la «bonne mère» aujourd’hui ?
C’est une mère qui revient aux fondamentaux. Elle allaite pendant six mois, ne met pas son bébé à la crèche ou pas trop tôt, parce qu’un bébé a besoin d’être avec sa mère et non dans un nid à microbes, elle se méfie de ce qui est artificiel et a des préoccupations écolo. Le petit pot est devenu un signe d’égoïsme, on revient à la purée écrasée par maman. Une bonne mère est constamment à l’écoute doit veiller au bien-être physique et psychologique de l’enfant ; c’est un full time job. J’oublie de dire que comme elle allaite à la demande, il est recommandé de mettre le bébé dans le lit conjugal. Cela nie l’intimité des adultes et exclut le père.

Il y a aussi un regret à voir la femme quitter son foyer, sa place naturelle est à la maison. On comprend qu’elle doit aller travailler, mais il faut qu’elle se débrouille pour être là quand les enfants arrivent de l’école. La «bonne maternité» impose des nouveaux devoirs qui pèsent sur celles qui ne les suivent pas. C’est une représentation à rebours du modèle qu’on a poursuivi jusqu’à présent, qui rend impossible l’égalité des sexes et malvenue la liberté des femmes. C’est un retour en arrière. Les femmes vont-elles se laisser convaincre de réendosser ce modèle-là ?

Quelle «révolution silencieuse» s’est passée sous nos yeux ces trente dernières années ?
La crise économique a rendu le travail plus dur, plus précaire, plus stressant. Les femmes sont les premières touchées : elles ont fait des études, cherchent du travail, sont sous-payées et jetables comme des Kleenex. C’est l’origine du bouleversement. Dans les années 90, la droite a proposé une allocation maternelle qui a renvoyé les femmes à la maison avec comme seul potage un demi-Smic. En même temps, on a assisté à la remise en cause du consumérisme. L’idée s’est imposée qu’on faisait fausse route dans la course aux ambitions inutiles et qu’une autre vie, plus conforme à la nature, était possible. Beaucoup de femmes ont été sensibles à ce discours. Et se sont dit : «Et si je prenais comme objectif de m’occuper de mon petit enfant, bref, d’être la mère idéale ?» Cela s’accompagne d’une critique générale du progrès scientifique, de la science «vendue à l’industrie». On s’est également précipité pour instaurer un principe de précaution. Tout cela a engendré de nouveaux comportements, de nouvelles peurs, propices à un retour aux fondamentaux.

Selon vous, ce contexte a favorisé l’idéologie de la nécessité de l’allaitement maternel.
On est passé de : «Vous avez le droit» d’allaiter, à «Vous devez». Les pressions d’ordre moral ont remplacé un choix légitime, sous la houlette de la Leche League. Je pense que la philosophie naturaliste au nom de laquelle on impose cela est dangereuse. Car elle ne laisse plus de place à l’ambivalence maternelle. Elle impose une conception unifiée des femmes. Nous pouvons toutes, nous devons toutes faire la même chose. C’est une réduction de la femme au statut d’une espèce animale, comme si nous étions toutes des femelles chimpanzés. Puisque c’est la nature qui l’impose : nous avons les mêmes réactions, les mêmes devoirs. La liberté de dire non est évacuée. Pour la Leche League il n’y a pas de prétexte recevable pour refuser d’allaiter, il faut persister. Il n’y a jamais aucun motif de dire non.

Vous écrivez : «dans une civilisation où le moi d’abord est érigé en principe, la maternité est un défi, voire une contradiction»…
C’est une situation schizophrénique. Ces trente dernières années, on a assisté à une montée de l’individualisme, de l’hédonisme, du moi d’abord. Cela rentre en contradiction avec l’impératif de plus en plus lourd qui est de faire passer l’enfant d’abord : depuis que les femmes bénéficient de la contraception, on doit tout à l’enfant qui n’a pas demandé à naître, comme allaiter à la demande. Sous-entendu celles qui ne le font pas sont coupables, égoïstes. De la montée de l’individualisme et de l’accroissement des devoirs maternels naît ce conflit interne à chaque femme et qui a aussi des conséquences sociales fantastiques. Car les sociétés oublient que les femmes possèdent une petite bombe atomique : celle de ne pas faire d’enfant. En Allemagne, Italie, Espagne, quand la société fait peser sur les épaules de la femme tout le poids de la maternité sans l’aider, les femmes font moins d’enfants ou pas du tout.

Selon vous, une «offensive naturaliste» est menée par une «sainte alliance des réactionnaires». Laquelle ?
Il y a une coagulation de l’écologie, de la Leche League, du féminisme naturaliste et du discours des spécialistes du comportement qui s’appuient les uns sur les autres. Le plus intéressant est de voir comment les militantes de la Leche League et les féministes différentialistes se sont retrouvées pour revaloriser la maternité, et en faire le cœur de l’identité féminine. Ces féministes veulent construire une société plus apaisée grâce aux vertus maternelles, dont les valeurs sont opposées au machisme. Les militantes de la Leche League pensent que la femme est naturellement mère, c’est donc un retour à une tradition millénaire. Mais les deux mouvements ont fait un bout de chemin ensemble et se sont emparés des théories du «lien» qui donnent aux hormones du maternage un rôle déterminant. Pour eux, l’amour maternel est la conséquence de nos hormones.

Quels sont les signes de la maternité écolo ?
Le meilleur exemple est celui des couches jetables. C’est tout à fait révélateur d’un état d’esprit que je redoute. Nathalie Kosciusko-Morizet a proposé une taxe sur les couches jetables, sans se soucier du travail que cela impose aux mères. Et contrairement à ce que pense Cécile Duflot, ce ne sont pas les hommes qui vont se précipiter en rentrant du travail pour aller mettre les couches à la machine. De même, il y a une méfiance vis-à-vis de la péridurale comme si en ôtant la souffrance, elle ôtait la valeur authentique et originelle de la naissance. La pilule est mal vue, car elle contrecarre un processus naturel. De même, il faut donner à l’enfant les fruits de la nature, lui épargner l’artificiel, le chimique, comme le lait artificiel.

Pour vous le bébé est devenu «le meilleur allié de la domination masculine».
Le pauvre bébé, malgré lui, tient sa mère prisonnière : la mère est au service des besoins de son enfant, elle doit se plier à ses horaires, il trône parfois dans le lit conjugal. C’est la mère la plus impliquée, cela donne au père l’autorisation morale de ne pas s’en mêler. Les hommes n’ont même pas eu à lever le petit doigt. Le bébé est devenu le maître et il justifie l’inégalité du partage parental. L’exclusion des pères est ainsi légitimée, alors que de plus en plus de jeunes pères éprouvent du plaisir à s’occuper de leur bébé.

Je crois que le thermomètre de la domination masculine demeure l’écart de salaire homme-femme. Or il y a une hypocrisie à gémir sur les écarts salariaux et en même temps à détourner les yeux de l’inégalité majeure : celle de la non-répartition des tâches familiales et domestiques, qui continue à occasionner une concurrence déloyale entre homme et femme. Les hommes sont pardonnés par avance de continuer à ne rien faire à la maison.

Comment résoudre ce conflit ?

La majorité des Françaises concilie la maternité et la vie professionnelle, elles sont nombreuses à travailler à temps plein quand elles ont un enfant. Elles résistent au modèle de mère parfaite, mais pour combien de temps ? D’autant qu’on assiste à un règlement de comptes entre générations. Certaines filles disent à leurs mères : «Je ne serai pas comme toi à courir entre le travail et les enfants, toujours pressée, et stressée, heurtée au plafond de verre». J’ai l’impression qu’aujourd’hui, on est peut-être à un tournant.

(1) La Leche League (ligue du lait en français) est une association fondée il y a plus de cinquante ans par des mères de famille de la banlieue de Chicago (Etats-Unis) désireuses de faire partager leur expérience positive de l’allaitement. Présente en France depuis 1979 , elle informe et soutient les allaitantes.


 Source: Libération - 10/2/2010

 

Par henri Moulinier - Publié dans : Egalité - Communauté : Les blogs citoyens
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Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /2010 09:09
Nous exigeons la suppression du ministère de l'Identité nationale et de l'Immigration
 

Promesse électorale de Nicolas Sarkozy, la création d’un ministère chargé de l'Immigration et de "l'Identité nationale" a introduit dans notre pays un risque d'enfermement identitaire et d'exclusion dont on mesure, chaque jour depuis deux ans et demi, la profonde gravité. Très officiellement, des mots ont été introduits sur la scène publique, qui désignent et stigmatisent l'étranger – et par ricochet, quiconque a l'air étranger. Réfugiés et migrants, notamment originaires de Méditerranée et d'Afrique, et leurs descendants, sont séparés d'un «nous» national pas seulement imaginaire puisque ses frontières se redessinent sur les plans matériel, administratif et idéologique.


Qu'a fait naître ce ministère ? De nouveaux objectifs d'expulsion d'étrangers (27 000 par an), des rafles de sans-papiers, l'enfermement d'enfants dans des centres de rétention, le délit de solidarité, l'expulsion des exilés vers certains pays en guerre au mépris du droit d'asile, la multiplication des contrôles d'identité au faciès, enfin la naturalisation à la carte, préfecture par préfecture, qui rompt avec le principe d'égalité...


Dans cette fissure de la République se sont engouffrés nos dirigeants. Par des propos inadmissibles dans une démocratie, banalisés et désormais quotidiens, ils légitiment tous les comportements et les paroles de rejet, de violence, et de repli sur soi. Nous ne sommes pas ici face à des "dérapages" individuels. En réalité, ces propos sont la conséquence logique d'une politique que le gouvernement souhaite encore amplifier sous le couvert d'un "débat" sur l'identité nationale. Nous sommes ainsi appelés à devenir coauteurs et coresponsables du contrôle identitaire sur la France.


La circulaire ministérielle adressée aux préfectures pour encadrer le débat lance une interrogation : "Pourquoi la question de l'identité nationale génère-t-elle un malaise chez certains intellectuels, sociologues ou historiens ?" La réponse est simple. Nous ne pouvons pas accepter que le regard inquisiteur d'un pouvoir identitaire puisse planer, en s'autorisant de nous, sur la vie et les gestes de chacun.


C'est pourquoi il est temps aujourd'hui de réaffirmer publiquement, contre ce rapt nationaliste de l'idée de nation, les idéaux universalistes qui sont au fondement de notre République.

Nous appelons donc les habitants, les associations, les partis et les candidats aux futures élections à exiger avec nous la suppression de ce "Ministère de l'Identité nationale et de l'Immigration", car il met en danger la démocratie.


Les premiers signataires :

Michel Agier (anthropologue, EHESS et IRD), Etienne Balibar (philosophe, université Paris-X et university of California), Marie-Claude Blanc-Chaléard (historienne, université Paris-X), Luc Boltanski (sociologue, EHESS), Marcel Detienne (historien, EPHE et université Johns Hopkins), Eric Fassin (sociologue, ENS), Michel Feher (philosophe, Paris), Françoise Héritier (anthropologue, Collège de France), Daniel Kunth (astrophysicien, CNRS), Laurent Mucchielli (sociologue, CNRS), Pap Ndiaye (historien, EHESS), Gérard Noiriel (historien, EHESS), Mathieu Potte-Bonneville (philosophe, Collège international de philosophie), Richard Rechtman (psychiatre, Institut Marcel Rivière, CHS la Verrière), Serge Slama (juriste, université d’Evry), Emmanuel Terray (anthropologue, EHESS), Tzvetan Todorov (historien, CNRS), Paul Virilio (urbaniste, Ecole spéciale d’architecture de Paris), Sophie Wahnich (historienne, CNRS) et Patrick Weil (historien, CNRS)


Les premières organisations signataires :

partis politiques : MoDem, NPA, PC, PG, PRG, PS, Verts
associations : Amoureux au ban public, ARDHIS, ATTAC, Avocats pour la défense des droits des étrangers, Association Cette France-là, CIMADE, COMEDE, CRAN, GISTI, La Bande Passante, LDH, MRAP, RESF, SOS Racisme, Sud Education, Union syndicale Solidaires

Télécharger l'appel au format PDF 

 

Signer l'appel  
 
  Nombre total de signataires à ce jour = 27978


        www.pourlasuppressionduministeredelidentitenationale.org

Par henri Moulinier - Publié dans : Egalité - Communauté : Les blogs citoyens
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Samedi 5 décembre 2009 6 05 /12 /2009 10:56
«Nous ne débattrons pas»: l'Appel de Mediapart

 Mediapart lance avec près de deux cents personnalités un appel à refuser le «grand débat sur l'identité nationale» organisé par le pouvoir. Vendredi 4 décembre, le premier ministre et le ministre Eric Besson s'engageront dans ce débat organisé avec l'Institut Montaigne et auquel s'associent Le Monde, Le Point, France Culture et I-télé.

 Pour notre part, nous estimons que ce débat
                                           «n’est ni libre, ni pluraliste, ni utile».
De Dominique de Villepin à Olivier Besancenot, de Martine Aubry à Daniel Cohn-Bendit, de Marie NDiaye à Patrick Chamoiseau, de Claude Lanzmann à Tahar Ben Jelloun, des dizaines d'intellectuels, écrivains, artistes, responsables politiques ont déjà signé cet appel. Rejoignez-les. Article en accès libre, cliquez sur «Lire la suite» pour accéder à la liste complète des premiers signataires.

 

 

 

Quelques-uns des premiers signataires de l'appel

 
Responsables politiques et syndicaux
Intellectuels, artistes, écrivains, chercheurs

 

  •  Martine Aubry, maire de Lille, premier secrétaire du Parti socialiste
  • Olivier Besancenot, porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste
  • José Bové, député  européen Europe-écologie
  • Patrick Braouezec, député PCF de Seine-Saint-Denis
  • Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF
  • Daniel Cohn-Bendit, député européen Europe-écologie
  • Bertrand Delanoë, maire de Paris
  • Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts
  • François Hollande, député PS de Corrèze
  • Yannick Jadot, député européen Europe-écologie
  • Corinne Lepage, député européen Modem
  • Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière
  • Paul Quilès, ancien ministre
  • Michel Rocard, ancien premier ministre
  • Dominique de Villepin, ancien premier ministre

  • Raymond Aubrac, commissaire honoraire de la République
  • Guy Bedos, artiste
  • Tahar Ben Jelloun, écrivain
  • Christian Boltanski, artiste plasticien
  • Yves Bonnefoy, poète
  • Jacques Bouveresse, philosophe, professeur au Collège de France
  • Laurent Cantet, réalisateur
  • Robert Castel, sociologue, directeur d'études à l'EHESS
  • Patrick Chamoiseau, écrivain
  • Patrice Chéreau, metteur en scène
  • Dan Franck, écrivain
  • Louis Garrel, acteur
  • Edouard Glissant, écrivain et poète
  • Stéphane Hessel, ambassadeur de France
  • Claude Lanzmann, écrivain, réalisateur
  • Annette Messager, artiste
  • Marie NDiaye, écrivain, prix Goncourt 2009
  • Tzvetan Todorov, philosophe
  • Philippe Torreton, acteur

 

http://www.mediapart.fr

Par henri Moulinier - Publié dans : Egalité - Communauté : Les blogs citoyens
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