Enseignement et service public

Jeudi 24 juin 2010 4 24 /06 /2010 09:18

  Des sociétés privées proposent de nouveaux stages d'"aide à la prise de fonction" et de "gestion de classe" aux professeurs des écoles qui débuteront à la rentrée prochaine, ravivant les critiques des détracteurs de la réforme de la formation des enseignants.
        A la rentrée, en vertu de l'entrée en vigueur de cette réforme, les lauréats des concours de la session 2010 vont se retrouver pour la première fois à plein temps devant une classe. Ils bénéficieront, certes, de la présence - partielle - d'un "tuteur", auront fait, pour certains, quelques jours de pré- rentrée fin août, mais aucun n'aura suivi l'année de formation professionnelle, comprenant des stages pratiques devant élèves, jusqu'ici dispensée au cours de la deuxième année d'IUFM (Institut universitaire de formation des maîtres).

 

Une société privée prend le ...marché de la formation des enseignants!

 Une société privée, spécialisée dans la préparation aux concours de recrutement des professeurs des écoles, ne dit pas autre chose: "vous allez vous retrouver devant une classe sans avoir été préparé techniquement à faire ce métier", écrit Forprof pour faire la promotion de trois nouveaux produits. Un stage "Premier poste" fin août ("prise en main et gestion de votre première classe", 600 euros), un stage "bien vivre sa classe" pendant chaque vacances de l'année scolaire (600 euros) et du "coaching personnalisé" tout au long d'un ou plusieurs trimestres (600 euros le trimestre). Une autre société, Prépa-public, propose un "module d'aide à la prise de fonction" une semaine en août (275 euros) ou encore un "module d'aide à la gestion de situations" certains mercredis de septembre à décembre (590 euros).

 "Ce n'est pas une démarche commerciale", s'est défendu Patrick Foglia, président de Forprof, auprès de l'AFP. "Cela répond à un besoin: cette année, à la rentrée, les débutants vont avoir des difficultés énormes car ils n'auront pas eu de formation. On propose une sorte de trousse de survie pédagogique".

 "Avec la réforme, les besoins (pour les modules proposés) se sont vraiment fait sentir", a renchéri Carol Huron, directrice de Prépa-public.

 

"L'Etat se désengage dans son rôle de préparation aux concours et c'est le privé qui vient faire le complément", a regretté Jean-Louis Auduc, directeur-adjoint de l'IUFM de Créteil. Les sociétés privées "jouent sur l'angoisse des débutants pour les rassurer de manière payante", a-t-il dénoncé, en mettant en question la qualité des stages payants: "Où sont les élèves ? Ce ne sont de toute façon pas des stages pratiques"".

Pour Gilles Moindrot, du SNUipp-FSU, premier syndicat des enseignants du primaire, "c'est aberrant que ce ne soit pas l'Education nationale qui prépare à la prise de fonction de la classe". Ces sociétés "ont bien repéré que la formation professionnelle des enseignants allait être réduite à portion congrue, elles surfent là-dessus. On est bien dans une marchandisation de la formation initiale des enseignants", a déploré Christian Chevalier, du SE-Unsa.

 Interrogé, le ministre de l'Education nationale Luc Chatel a répondu: "il ne m'appartient pas de commenter la création ou non de telles sociétés. Elles existent déjà. Ce qui m'appartient, c'est que le système public mette en place une réforme ambitieuse pour améliorer la formation des enseignants".

 Plusieurs instituts privés ont par ailleurs mis en place des stages d'été payants de préparation du concours 2011 de professeur des écoles, les épreuvesd'admissibilité ayant été avancées à septembre prochain.

 

 Par Karine PERRET - A.F.P. - 19/6/10

Par henri Moulinier - Publié dans : Enseignement et service public - Communauté : Les antilibéraux
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Jeudi 3 juin 2010 4 03 /06 /2010 18:57

Les «oubliés» des nouveaux programmes de sciences éco

02 Juin 2010

Par Les invités de Mediapart 
<http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart>  


Gilles Raveaud, économiste, dénonce les futurs programmes de première qui accordent une place de choix à l'analyse théorique des marchés, oublient purement et simplement les inégalités ou les services publics et délaissent le chômage, l'inflation,  les déficits...

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 Le nouveau programme ( voir le contenu complet sur Eduscol, site officiel du Ministère de l'E.N.) 

<http://media.eduscol.education.fr/file/consultation/88/6/premiere_projet_prog_2010_ES_SES_145886.pdf>  de sciences économiques et sociales pour la classe de première au lycée accorde une place disproportionnée à l’analyse théorique du fonctionnement des marchés parfaits. Ce programme ne mentionne qu’en passant certaines questions essentielles, comme le chômage, l’inflation, et les déficits. D’autres questions majeures, comme les inégalités, les services publics, ou l’environnement sont absentes du programme. Enfin, ce programme nie l’existence d’écoles de pensée différentes en économie (libéraux, keynésiens, marxistes, institutionnalistes).

Les rédacteurs des programmes de sciences économiques et sociales au lycée sont décidément incorrigibles. Après avoir dû, suite à de nombreuses réactions, revoir leur programme de seconde <http://www.idies.org/index.php?post/Enseignement-de-leconomie-en-seconde-%3A-nouveaux-nouveaux-programmes> , les voilà qui récidivent en proposant un programme pour la classe de première fortement déséquilibré en faveur de la micro-économie et des deux mythes que constituent le consommateur rationnel et les marchés parfaits.

Pourtant, tout commence bien dans ce programme, qui reconnaît l’existence d’une «pluralité d’approches théoriques» en économie, sociologie, et en science politique, et qui affiche sa pluridisciplinarité. Mais, très vite, les choses se gâtent. Ainsi, le programme définit la   «démarche de l’économiste» par la question de «la rareté des ressources», qui «engendre la nécessité des choix». Face a cette rareté, l’économiste utilise, selon les auteurs du programme, «le raisonnement coût-bénéfice», et ce «tant au niveau de l’acteur individuel (individu, entreprise) qu’au niveau de la société et des choix collectifs». Enfin, le programme demande aux enseignants «d’insister sur le caractère extensif de la notion de rationalité qui sous-tend le raisonnement économique».

Peu importe aux auteurs que cette définition de la science économique ait été fortement remise en cause depuis des décennies par nombre d’économistes, y compris les plus prestigieux. Le programme demeure dans l’approche positiviste selon laquelle l’économiste est le scientifique des choix en situation de rareté.

 

Le programme évacue, par cette approche réductionniste et instrumentaliste, trois aspects essentiels du travail de l’économiste.

° Tout d’abord, la réflexion sur les fins poursuivies. Il est faux de prétendre, comme le fait le programme, que les économistes ne réfléchissent que sur les moyens, laissant le choix des fins à «la société» ou «aux hommes politiques». Tous les économistes ont des préférences normatives – et c’est très bien comme cela.

° Ensuite, le programme oublie ce qui constitue la véritable question économique, c’est-à-dire le partage des richesses.

°  Enfin, le programme oublie la question, pourtant chaque jour plus essentielle, de savoir ce qu’est-ce qu’une richesse.

Quels sont les buts du système économique? Comment la valeur des biens est-elle établie? Comment les richesses doivent-elles être réparties entre les différents contributeurs, présents et passés?

  Voilà les questions auxquelles les économistes tentent de répondre, loin des fables simplistes sur le choix des moyens pour atteindre des objectifs donnés (par qui?) en situation de rareté. Et pour y répondre, les économistes utilisent des concepts et des cadres théoriques variés, qui présentent des oppositions irréductibles entre eux. Il est faux de laisser croire qu’il existe une et une seule science économique. L’économie se caractérise, comme la sociologie et la science politique, par une pluralité d’école de pensées, de méthodes et d’approches. Il existe, de par le monde, des économistes keynésiens, marxistes, libéraux, institutionnalistes, critiques de la croissance, etc. Tout le monde le sait et le voit, sauf les auteurs de ce programme. Passer sous silence cette diversité, c’est faire preuve de malhonnêteté intellectuelle, en plus d’appauvrir considérablement le contenu réel de notre discipline.

Conformément à ses orientations, le programme demande aux enseignants de passer un temps considérable à la présentation de  «robinsonnades» - le terme est utilisé, par provocation sans doute. Les robinsonnades sont ces fables, que Marx dénonçait déjà en son temps, dans lesquelles on espère faire saisir des concepts fondamentaux aux élèves en imaginant des situations simplifiées à l’extrême, comme celle de Robinson seul sur son île qui doit décider s’il construit une canne à pêche ou s’il va cueillir des fruits. Or, ces fables sont trompeuses, car elles instillent dans les esprits l’idée que le système économique est un système d’échange volontaire, sympathique et pacifique, qui ne fait que des gagnants. Les robinsonnades – c’est leur but – «oublient» les institutions économiques que sont la monnaie, les entreprises, les inégalités de naissance, le rôle de l’Etat, et même les marchés réels.

Pour les auteurs du programme, l’économie n’est pas difficile, mais heureuse. Les marchés sont équilibrés, et l’échange bénéficie à tous. Ainsi, à propos des échanges internationaux, il est demandé aux enseignants de «mettre en évidence les avantages du développement des échanges, notamment entre nations». Demande stupéfiante à l’heure où le débat sur les conséquences de la mondialisation – le terme n’est pas utilisé – fait rage, y compris au sein des meilleurs spécialistes. La mondialisation accroît-elle les inégalités, ou les réduit-elles? Favorise-t-elle la croissance, ou les crises? En voilà, pour reprendre les termes introductifs du programme, des «énigmes, paradoxes, interrogations susceptibles de susciter la curiosité des élèves». Au contraire, le programme demande aux enseignants d’isoler leurs lycéens du bruit du monde, pour leur livrer une image uniformément positive, donc déformée, des effets du commerce international.

A propos de l’entreprise, les choses sont moins orientées normativement, mais c’est alors la cohérence du programme qui est atteinte. En effet, il est demandé aux enseignants de présenter d’abord la version néo-classique de l’entreprise comme lieu abstrait de combinaison de facteurs de production. Puis, des mois plus tard, les enseignants devront revenir sur ce sujet pour présenter l’entreprise comme étant cette fois-ci «un mode de coordination par la hiérarchie». Entreprise passive qui combine les facteurs de production selon leurs prix ou décision de l’entrepreneur qui impose ses choix, il faut choisir. Ou il faut admettre que des visions différentes de l’entreprise existent au sein des économistes, selon que l’accent est mis sur l’échange ou sur la hiérarchie. Mais bien sûr, reconnaître cela est impossible puisqu’il existe, selon les auteurs du programme, une science économique et une seule.

Dans ce programme, seul un sous-thème sur 15 (soit 6% à 7% du programme) porte sur «les déséquilibres macroéconomiques». Au sein de ce seul sous-thème, l’enseignant doit «présenter les grands déséquilibres macroéconomiques» que sont, tenez-vous bien, rien que  «l’inflation, la déflation, le chômage, et le déficit commercial». Mieux: l’enseignant devra faire le lien avec «la demande globale» et «les orientations de la politique économique». Enfin, histoire que les choses soient définitivement simples, cette «première approche» devra s’inscrire «dans la perspective européenne et globale, permettant d’évoquer les interdépendances entre économies nationales». Bref, il est demandé aux enseignants de traiter en quelques heures ce qui leur demanderait des semaines. Et comme cet enseignement se situe en fin de programme, il risquera d’être encore réduit.

Mais le sort fait à ces questions reste plus enviable que celui fait aux inégalités (entre et au sein des pays), aux services publics et à l’environnement. Ces trois questions, trop mineures sans doute, sont absentes du programme. Mais ce n’est pas grave. L’essentiel n’est pas que les élèves commencent à comprendre ce dont les journaux parlent tous les jours. Non, ce qui est important, c’est qu’ils connaissent le modèle du consommateur rationnel et du marché parfait, même s’ils ne se comporteront jamais comme le premier et même s’ils ne rencontreront jamais le second.

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Sur le même sujet, lire l’excellent texte de Gérard Grosse <http://www.idies.org/index.php?post/Le-projet-de-programme-de-SES-pour-la-classe-de-premiere-%3A-un-projet-radical> , qui pointe de plus d’autres éléments néfastes de ce programme, comme le recul de l’approche par questions pour passer à une approche dérivée de ce qui se fait (mal) à l’université; le poids excessif de l’économie par rapport à la sociologie et à la science politique; l’oubli des classes sociales en sociologie; les consignes extrêmement précises données aux enseignants qui réduit à presque rien leur liberté pédagogique ...etc.

 

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Gilles Raveaud est maître de conférences en économie à l'Institut d'Etudes Européennes de l'université Paris 8 Saint-Denis. Il a contribué aux ouvrages Petit Bréviaire des idées reçues en économie (La Découverte) et Douze économistes contre le projet de constitution européenne (L'Harmattan). Il est membre du comité de rédaction de la revue L'Economie Politique.  

 
Source : http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/020610/les-oublies-des-nouveaux-programmes-de-sciences

Par Médiapart - Publié dans : Enseignement et service public - Communauté : Les blogs citoyens
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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /2010 17:08
source : http://www.fneje.com/petition/index.php?petition=2

Pas de bébés à la consigne

Pour des modes d’accueil de qualité


La volonté des Pouvoirs Publics de développer l’offre d’accueil du jeune enfant avec la création de 200 000 places d’accueil d’ici à 2012 est légitime. Mais les propositions de modification du décret du 20 février 2007, relatif aux établissements et services d’accueil, si elles sont maintenues, s’orientent vers une dégradation de la qualité d’accueil du jeune enfant.
 
Suite à la manifestation de notre opposition aux mesures envisagées, le gouvernement vient d’annoncer le 2 avril 2009, par la voix du directeur de cabinet de Madame Morano, secrétaire d’Etat à la famille, que les taux d’encadrement des enfants dans les établissements et services d’accueil ne seraient pas modifiés (un adulte pour 5 bébés et un adulte pour 8 enfants qui marchent).
 
Les dangers du projet de décret
- Diminution de la qualification du personnel : la proportion des professionnels les plus
qualifiés (éducateurs de jeunes enfants, puéricultrices et auxiliaires de puériculture) serait revue à la baisse.
- Projet de jardin d’éveil confirmé mais demeurant extrêmement vague, sauf pour le taux d’encadrement des enfants qui serait également réduit : un adulte pour 12 enfants de 2 à 3 ans au lieu d’un adulte pour 8 enfants aujourd’hui.
- Augmentation des capacités d’accueil en surnombre portées à 20% au lieu de 10% actuellement.
 
Pourtant, les connaissances sur le développement du jeune enfant, l’expérience des professionnels, appuyées par de nombreuses études, permettent d’affirmer que la qualité d’accueil du jeune enfant repose sur des qualifications professionnelles, des taux d’encadrement et des temps de réflexion sur les pratiques, qui favorisent une relation individualisée et soucieuse du bien-être de l’enfant.
Or, les projets de modification du décret vont à l’encontre de ces conditions, comme les récentes mesures portant de 3 à 4 le nombre d’enfants accueillis par les assistantes maternelles.

 Nous affirmons au contraire que toute évolution du dispositif des modes d’accueil pour les enfants et leurs familles doit reposer sur les principes suivants : 
- Respect du développement singulier de chaque enfant
- Socialisation et éveil
- Professionnalisation des adultes travaillant auprès des enfants


En un mot, accueil de qualité, et non, gardiennage et « mise à la consigne ». De plus, chaque famille doit pouvoir accéder au mode d’accueil de son choix, et sans barrière financière, ce que ne garantit pas le projet de décret.
C’est pourquoi nous nous opposons fermement aux modifications du décret sur les établissements et services d’accueil, et en demandons le retrait. Nous nous engageons à nous mobiliser, et appelons parents et professionnels à nous rejoindre, pour que le développement de l’offre d’accueil rime avec la préservation de sa qualité.


Premiers signataires :
ANAP (Association Nationale des Auxiliaires de Puériculture), ANAPSYpe (Association Nationale des Psychologues Petite enfance), ANPDE (Association Nationale des Puéricultrices diplômées d’Etat et des Etudiantes), CADRESPE (Collectif d’Association de Directeurs et Responsables d’Etablissement et Services Petite Enfance), CEMEA (Centres d'Entraînement aux Méthodes d'Education Active), CEPAME (Comité d’Entente des Ecoles Préparant Aux Métiers de l’Enfance – Association regroupant des écoles d’auxiliaires de Puériculture et de Puéricultrices), la CGT, CGT Petite Enfance des Services Publics Parisiens, CGT Crèches PMI 93, CGT Educ'Action, CGT Fédération des Services Publics, Collectif Petite Enfance 06, FERC CGT, FNEJE (Fédération Nationale des Educateurs de Jeunes Enfants), Passerelles EJE, R.I.R.E (Réseau Informel de Réflexion sur l'Education), SNMPMI (Syndicat National des Médecins de PMI), SUD Santé Sociaux, SNU CLIAS FSU, SUPAP FSU, Union Syndicale Solidaires, UNSA, UNSA Education, UNSA petite enfance ville de Paris, UNSA Territoriaux, SE UNSA.



Par henri Moulinier - Publié dans : Enseignement et service public - Communauté : Les blogs citoyens
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