Mardi 23 mars 2010 2 23 /03 /2010 08:48

1. L’abstention a certes reculé de 4,7 % entre les deux tours. Mais elle reste de près de 15 % supérieure à celle du deuxième tour de 2004. Son évolution est en outre très différenciée : elle est stable et même augmente dans trois régions (Ile-de-France, Nord-Pas-de-Calais, Basse-Normandie) ; elle recule de plus de 10 % en Franche-Comté, Midi-Pyrénées et Poitou-Charentes. Le second tour n’a pas annulé la tendance de fond de l’abstention sociale et politique. Il n’a donc pas infirmé l’ampleur de la crise politique et démocratique, d’autant plus que ce second tour a confirmé la présence maintenue d’un FN que les délires sécuritaires et xénophobes de Sarkozy-Hortefeux-Besson n’ont pas affaibli, mais requinqué.

2. Pour la première fois, les cas de triangulaire, à gauche comme à droite, ont vu s’affirmer le même phénomène : la progression des listes incarnant un troisième choix, à côté des deux grandes machines de l’UMP et du PS. Qu’il en ait été ainsi est certes inquiétant quand cette situation bénéficie à l’extrême droite. Mais on peut retenir ici la face positive : si les institutions fonctionnent de plus en plus au bipartisme, celui-ci ne répond pas aux attentes. Se fixer l’objectif d’en rompre les effets à gauche n’est pas un rêve abstrait. Encore faut-il créer les conditions politiques pour passer de la virtualité de l’alternative à sa réalité.

3. Sur ce fond de désengagement civique et de désarroi profond, la gauche obtient un pourcentage total proche de celui du premier tour : 48,9 % au total, plus de 53 % là où elle était seule face à la droite. On redira ici, une fois de plus, que c’est la première fois que la gauche a une majorité absolue ou frise la majorité absolue depuis 1981.

4. Mais les résultats du second tour ont redit ce que le premier tour avait déjà dit. Cette gauche qui gagne n’est pas une gauche confortée sur sa gauche. On a vu (...) que les pourcentages montraient, tout à la fois, la médiocrité du score global de la gauche de gauche (9,5 %) et le fléchissement sensible de sa part relative dans le total de gauche.

Les résultats en sièges accentuent le tableau, de façon cruelle. En 2004, le PCF et ses alliés avaient totalisé 192 sièges, dont 183 pour le seul PC. En 2010, le Front de gauche obtient 97 sièges ; si l’on y ajoute, à la rigueur, les 30 sièges glanés par le PCF sur des listes d’union avec le PS dès le premier tour (en tournant le dos à la stratégie électorale du Front de gauche), on obtient un total de 127 sièges, soit 65 de moins qu’en 2004. Dans cette élection tout-à-fait exceptionnelle pour la gauche, le Front de gauche et le reliquat du PCF font un peu moins bien que le seul PCF en 1992. Mais à l’époque les élus du PC représentaient plus de 20 % du total des sièges détenus par la gauche ; en 2004, ce chiffre était passé à 18 % ; en 2010, il est tout juste de 11,3 % !

En 1986, le PCF avait 155 élus et les écologistes se contentaient de 6 ; en 2004, le PCF et ses alliés avaient encore 192 sièges pour 261 aux Verts ; en 2010, le rapport est plus qu’inversé : 261 sièges pour Europe-écologie contre 127 pour le PCF et ses alliés.

5. Le PCF paie donc au prix fort l’inanité de sa stratégie politique. En 1998, au plus haut de la « gauche plurielle », il avait décidé de renoncer à sa stratégie d’autonomie au premier tour, pour s’allier avec le PS : le résultat en sièges avaient été spectaculaire, les communistes entrant dans des conseils régionaux dont ils étaient exclus et participant largement aux exécutifs. La méthode étaient donc électoralement payante, mais elle plaçait le PC dans l’orbite du PS, le conduisant, entre 1998 et 2002, à faire valoir qu’il était un « bon » allié, en tout cas meilleur que les trop remuants écologistes.

Après 2002 et le désastre de la « gauche plurielle », il aurait été utile que le PCF remette en question globalement sa conception de l’union. Non pas que cette question de l’union ait cessé d’être fondamentale, face à une droite agressive ; mais l’équilibre de premier tour et donc le dynamisme politique de la gauche devenaient des enjeux aussi importants que celui de son rassemblement de second tour face à la droite. Or, en 2004, le PCF choisit à nouveau l’union avec le PS dans quinze régions métropolitaines. Dans une élection qui fut exceptionnellement favorable à la gauche (deux ans à peine après le camouflet de 2002), le PCF obtint certes le nombre d’élus régionaux le plus élevé de son histoire. Mais il le paya d’un déséquilibre accentué avec le PS. D’autant plus qu’il ne tenta une formule inédite, celle d’un rassemblement à la gauche du PS, que dans une région, l’Ile-de-France.

En 2010, au dernier moment, le PCF a décidé de prolonger sur le terrain régional la ligne de « Front de gauche » expérimentée lors des européennes de l’année précédente. Ce choix, fait dans la très grande majorité des régions, constituait un progrès incontestable par rapport à la consultation précédente : dans la majorité des régions françaises, le PCF s’engageait enfin dans une autonomie revendiquée à l’égard du PS.

Malheureusement, la décision s’est heurtée à trois limites.
- Dans la plupart des cas, le PC retrouva, dans la négociation sur l’ouverture des listes, les vieux réflexes du rassemblement autour du parti, ne réservant à ses alliés que la portion congrue, au nom de la force militante revendiquée du PC.
- En second lieu, le PCF contribua fortement à accentuer le caractère partisan et « cartelliste » du Front de gauche : l’ouverture aux pratiques différentes du « mouvement social », aux sensibilités culturelles franchement différentes, et aux générations nouvelles se fit de façon homéopathique, enfermant malgré lui le Front dans un certain parfum nostalgique.
- Enfin, le PCF se laissa aller, dans trop de cas, à la spirale catastrophique du repliement sur l’appareil, dont l’Ile-de-France fut une caricature, dès le choix de Pierre Laurent contre Patrick Braouezec.

Dès cet instant, le Front de gauche pouvait certes être plus opérationnel qu’un NPA « plombé » par sa stratégie de différence à tout prix ; mais il était hors d’état, en dehors de quelques régions (Auvergne, Limousin, Corse…) de rivaliser avec les deux machines performantes du moment : la machinerie « réaliste » du PS et la musique « innovante » d’Europe-écologie.

6. Au final, comme en 2007, même si c’est évidemment de façon moins caricaturale et avec des conséquences moins calamiteuses, le PCF aura payé le prix, soit de son immobilisme, soit de son étroitesse, soit de son incapacité à oser. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2004, le PCF à lui seul avait fait élire 183 conseillers régionaux ; en 2010, il en fait élire 66 sur la base des listes du Front de gauche, et 30 dans les fourgons du Parti socialiste. Quand bien même, il aurait obtenu ces 30 sièges dans les régions où il n’a pas voulu tenter l’expérience de l’autonomie, le PCF est au-dessous de la barre des 100, soit le résultat le plus faible de toute son expérience régionale.

Le problème est que, une fois de plus, ces carences de l’appareil communiste pèsent sur la totalité de la gauche de gauche, et donc sur la gauche tout entière. Voilà désormais quelque trois décennies que les déboires communistes ne sont compensés par aucune force. Le NPA a raté l’occasion que lui avait offert la stratégie erronée du PCF entre 1995 et 2002 (une stratégie qui acceptait, de fait, d’accréditer l’équation « gauche radicale = extrême gauche »). Quant au choix courageux de rupture avec le PS accompli par Jean-Luc Mélenchon, il n’a pas suffi à donner à la gauche de gauche le dynamisme que lui faisait perdre le déclin du PCF. Enfin, ce que l’écologie politique liée aux Verts peut encore avoir de force transformatrice et subversive a été émoussé par une construction trop dominée par la logique stratégique propre à Dany Cohn-Bendit.

7. La situation de la gauche de gauche est critique. Les résultats du Front de gauche sont trop modestes pour servir de paravent à ce qui est un recul depuis les vifs espoirs de 1995-2006. Le propos de rassemblement qui fut un « cœur de cible » du front allait pourtant dans la bonne direction. Mais, dans cette voie, les demi-mesures ne produisent jamais l’effet escompté.

Une chose est sûre : le PCF ne trouvera pas en lui-même les ressorts d’une relance électorale. Sur la base du repli sur lui-même et même d’un repli sur l’appareil stricto sensu (a fortiori sur la base d’une éradication de la différence interne, comme la direction le fit, en Ile-de-France et partout ailleurs, à l’égard des « communistes unitaires »), il n’y a pas d’avenir, ni électoral, ni politico-culturel. Par ailleurs, un cartel d’organisations partisanes à l’ancienne, s’il vaut toujours mieux le solo mortifère, ne suffit pas à répondre aux attentes, surtout s’il ne cherche pas, en se subvertissant lui-même, à exprimer la modernité de la critique sociale « antisystème ».

En fait, une gauche de gauche ne peut espérer percer et être utile, que si elle remplit en même temps (le plus important est dans ce « en même temps ») quatre exigences : la radicalité et le réalisme d’un projet transformateur et émancipateur ; la réarticulation du social et du politique ; le métissage de toutes les sensibilités et de toutes les générations de la critique sociale ; le parti pris de la novation, dans la fidélité aux valeurs fondatrices, mais dans leur réarticulation au feu de la réalité contemporaine. Si nous n’allons pas, le plus vite que nous le pourrons, en direction d’une force plurielle et rassembleuse, cohérente et continue, sans pour autant reproduire les défauts inhérents, non pas au parti politique en général, mais à la forme que l »histoire lui a attribué ; si nous contournons la difficulté, si nous retardons l’échéance, nous laissons la gauche en position de reproduire la désespérance. Et quel peuple peut être acteur sans espérance et sans sens pour ses combats ?

En Limousin, quelque chose de cet état d’esprit a commencé de se mettre en place. D’un côté, un élu communiste qui avait décidé de ne pas s’enfermer dans des logiques étroites d’appareil ; par ailleurs une réceptivité sociale réelle, touchant de larges milieux associatifs, syndicaux ou politiques ; enfin, un NPA qui tournait le dos à la logique suicidaire de son propre appareil national… Que cette démarche et cette conjonction aient été couronnées de succès est un encouragement. Rien de plus, sans doute ; mais rien de moins…

 

Roger Martelli

 Historien
Directeur de "Regards"
Communiste unitaire

Par henri Moulinier - Publié dans : Pcf: quel avenir? - Communauté : Les antilibéraux
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  • : henri Moulinier
  • Henri MOULINIER
  • : Homme
  • : 18/01/1948
  • : France Europe Monde Charente-maritime la rochelle
  • : europe politique écologie liberté économie
  • : Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Démission du PCF. Rejoint le PG.Professeur de lycée retraité. Chargé de cours fac de droit et IUT La Rochelle.Etudiant en Master2.Président LDH La Rochelle. V.P. Collectif des Assocs de mon quartier.

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