Lundi 11 octobre 2010 1 11 /10 /2010 17:10

Tribunes - le 9 Octobre 2010

Quelles sont les conséquences du désengagement de l’État ?

Les associations menacées par la marchandisation

Par Malik Salemkour, vice-président ldh/collectif Associations en danger (*).

 

 

Parallèlement à la baisse constante des aides publiques, les associations sont menacées par une logique administrative de marchandisation concurrentielle, niant leur spécificité et leur rôle essentiel de cohésion sociale et de démocratie. À travers elles, ce sont les citoyens les plus vulnérables, les habitants des zones rurales et des quartiers paupérisés, les migrants – surreprésentés dans les milieux populaires – qui sont visés.

 

  Le projet de budget 2011 prévoit de diminuer encore les moyens financiers et humains aux politiques sociales, sanitaires, culturelles et éducatives. Ce désengagement de l’État et l’asphyxie financière des collectivités territoriales mettent en péril de nombreuses associations, atteintes au cœur de leurs missions d’éducation, d’insertion sociale et professionnelle, de logement, de culture, de santé, d’accès aux droits ou de lutte contre les discriminations. Malgré des besoins croissants, les budgets de ce qui restait de « politique de la ville » comme du soutien à « l’intégration » ont quasiment disparu au niveau national et sont fondus localement dans l’enveloppe globale des préfectures. L’Agence pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSE) et l’Office français pour l’immigration et l’intégration (OFII) s’inscrivent désormais dans une logique de sous-traitance, sous-contrôle et d’exécution des politiques définies en haut lieu par le ministère de l’Identité nationale…

 

Le repli de l’État s’accompagne du transfert de ses missions de service public par appels d’offres, entraînant une marchandisation de secteurs jusque-là préservés.

Les associations sont mises en concurrence entre elles, mais aussi avec des entreprises privées à but lucratif. L’homogénéisation et les réponses formatées, que ces commandes publiques suscitent, menacent la diversité du secteur associatif et risquent d’engendrer des coûts sociaux très lourds. Privées de subventions, les associations passent de partenaires à simples prestataires exécutants des pouvoirs publics. Elles sont contraintes de renoncer à leur projet associatif et à leur liberté d’action. Seule compte la rentabilité, mesurée à l’aune de l’équation « coûts engagés-résultats (quantitatifs) obtenus ». Alors que le secteur associatif compte 180 000 structures employeurs et près de 2 millions de salariés, l’emploi associatif est précarisé, les postes aidés sont réduits, tout en voulant favoriser le bénévolat et le volontariat. Or, ces formes d’engagement se complètent et se renforcent mutuellement.

 

 Les politiques ultralibérales à l’œuvre fragilisent tout le système.

L’application par les pouvoirs publics nationaux et locaux des règles du marché au secteur non lucratif le dénature profondément, le bouleverse dans son essence. De forces de propositions et potentiels contre-pouvoirs, les associations sont contraintes de s’institutionnaliser peu à peu, de se transformer en pures gestionnaires et de devenir un maillon d’un système dominant qui étouffe toute velléité de contestation en son sein. Alors que leur caractère d’utilité sociale est indéniable et qu’elles sont l’un des rouages essentiels du système démocratique, les associations n’ont plus aujourd’hui l’assurance de pouvoir mener les missions qu’elles se sont choisies. Pour garantir leurs rôles socialement indispensables et l’engagement citoyen le plus large, il est urgent de repenser les aides publiques aux associations, petites ou grandes, nationales ou locales, et de réaffirmer leur place spécifique dans notre société. Une réelle clarification des relations financières avec l’État comme avec les collectivités territoriales est nécessaire pour refonder un contrat social au service du progrès humain.

 

(*) asso-en-danger

Malik Salemkour

Par henri Moulinier - Publié dans : Défendre nos libertés - Communauté : Les blogs citoyens
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  • henri Moulinier
  • Henri MOULINIER
  • Homme
  • 18/01/1948
  • France Europe Monde Charente-maritime la rochelle
  • europe politique écologie liberté économie
  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Acteur du Front de gauche.Professeur de lycée retraité. Chargé de cours fac de droit et IUT La Rochelle.Master2 de recherche en histoire(2010).Président LDH La Rochelle.

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