Dimanche 17 octobre 2010 7 17 /10 /Oct /2010 08:27

Personnellement, je le pense!

° Son blog personnel:

http://www.jean-luc-melenchon.fr/2010/10/de-la-rue-au-clavier-la-lutte-continue/

° Autre article sur ce blog:

Pourquoi la candidature de Mélenchon ne doit-elle pas être écartée au front de gauche ?

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Jean-Luc Mélenchon se démarque au sein de la gauche en s'imposant comme un leader charismatique  

Thierry Dupont / L'EXPRESS.fr

(Extraits)

  

Pour vous, la retraite à 60 ans, c'est un dogme? Un tabou? Le seul combat qui vaille aujourd'hui?

Dogme, tabou... Ces termes sont destinés à discréditer la lutte. Je les laisse à Dominique Strauss-Kahn. Ce sont les mots de la bonne société pour se moquer des travailleurs. Mais je suis persuadé que c'est une bataille essentielle. Elle concentre l'idée que l'on se fait de ce que peut devenir la vie en société. Le pari progressiste consiste à penser que la vie en commun va nous permettre de nous entraider, de mieux répartir les efforts et la richesse.  

Ainsi, chacun pourrait prendre sa part de bonheur dans l'existence. Autrefois, la retraite était un luxe de riches : eux seuls pouvaient jouir de l'oisiveté. Les autres arrêtaient parce qu'ils étaient malades, ou trop fatigués. Mon arrière-grand-père nettoyait des tonneaux. Quand il a eu 75 ans, on lui a dit qu'il pouvait rester à la maison et qu'on lui donnerait un petit quelque chose. A 76 ans, il était mort. C'était ça, la vie des gens simples, il ne faut pas l'oublier ! La question des retraites ne sera jamais une question simplement comptable.  

 

C'est-à-dire ?

Le système français a deux caractéristiques : c'est un système par répartition, ceux qui sont en activité financent ceux qui ne s'y trouvent pas ; et c'est un salaire différé, il représente donc des masses considérables d'argent - l'équivalent de la moitié du budget de l'Etat.  

Cet argent est l'objet de convoitises et de luttes de classes. Je nie que dans cette affaire la droite se préoccupe de l'équilibre des comptes. Ce n'est pas vrai. Car, en toute hypothèse, un compte ne s'équilibre pas seulement par la gestion des dépenses, il s'équilibre aussi par la gestion des recettes. Et le manque à gagner des régimes de retraite est extrêmement faible : jusqu'à 2008, soit il y a juste deux ans, il atteignait à peine 5 milliards ! Cette somme, on la trouve en taxant les stock-options et les revenus de l'intéressement.  

 

Il y a quand même une question mathématique : à partir du moment où on vit plus longtemps, si on ne travaille pas plus longtemps, on n'atteint pas l'équilibre.

Nous sommes d'accord. Donc, ce qu'il faut considérer, c'est ce que produisent ceux qui travaillent. Aujourd'hui, deux personnes produisent autant que trois personnes il y a dix ou quinze ans. Autrement dit, la masse de richesses produites s'est accrue bien au-delà du nombre des personnes entre lesquelles les répartir. Une réforme qui taxe le travail à 85 % et le capital à 15 % ne fonctionnera pas.  

Quant à cette affaire de pénibilité, c'est une espèce de rideau de fumée pour afficher des bons sentiments. Elle laisse entendre que tous les autres peuvent trimer davantage car, à eux, il n'en coûterait rien physiquement.  

 

Quand vous entendez Ségolène Royal annoncer solennellement que si la gauche revient au pouvoir elle ramènera l'âge légal du départ à la retraite à 60 ans, la croyez-vous ?

Nous avons décidé de faire semblant d'y croire. Sinon, on ouvre une brèche à gauche ! Je ne sais pas si les socialistes reviendront à la retraite à 60 ans. Mais si c'est avec quarante-deux années de cotisations cela ne veut plus rien dire. Nos gosses sortiront des études à 24 ou 25 ans, vous y rajoutez 42 ans, cela fait 66 ans. Avez-vous vraiment envie que vos enfants enseignent ou pilotent des avions jusqu'à 66 ans ?  

Allez voir aux Etats-Unis. Vous allez être servis dans un restaurant par des gens qui pourraient être vos grands-parents ! Les socialistes feront ça ? Nous, nous ferons autrement : au cours des vingt-cinq dernières années, 10 points de la richesse nationale qui sont passés des poches du travail dans celles du capital. Je ramènerai le curseur là où il était il y a vingt ans. Total : 195 milliards par an.  

 

Si, pendant ce temps-là, la Chine, l'Inde augmentent les salaires, que la délocalisation n'est plus possible, vous avez raison. Sinon ?

J'ai d'autres parades, les circuits courts, la taxation écologique et sociale. Tout dépend du positionnement de la France par rapport à ses partenaires. Je préfère un million de fois des relations bilatérales avec les Chinois et les Indiens, plutôt que le système européen, au service d'un tout petit groupe d'intérêts financiers, qui a déjà failli mettre la planète par terre et qui impose au monde une folle liberté des échanges.  

Personne ne peut faire la démonstration que le libre-échange favorise une production saine et l'innovation. Et la menace du mur de l'argent ? La peur doit changer de camp. Il n'y a pas que celui qui prête de l'argent qui a la force, celui qui emprunte dispose d'une force au moins aussi grande : c'est la possibilité de dire "on ne paie plus". Argument extrême ! Mais les méthodes qu'utilise le capital transnational sont également extrêmes.  

Je préviens, en homme politique responsable : pas touche à la France ! Ici, ce n'est pas la Grèce. On ne se laissera pas tondre. Nous sommes des gens sérieux, responsables, on est prêt à discuter, il faut que tout le monde gagne sa vie, c'est une affaire entendue. Mais pas à n'importe quel prix.  

 

Si DSK était le candidat du PS à l'élection présidentielle, ce discours serait-il encore plus fort à porter ?

Non, le désastre moral serait immense. Combien de souffrances pour constater que la ligne qu'il défend est aberrante et ne nous mène nulle part ? Mon intention est d'avoir un débat rationnel, argumenté. Je lui demande de faire la preuve que sa stratégie fonctionne. Je lui demande de me donner un exemple, dans le monde, de la réussite de sa recette bestiale. A l'inverse, je pourrai lui citer beaucoup d'endroits où c'est en résistant aux injections du FMI que les pays se sont relevés. Voyez l'Argentine !  

 

Vous préféreriez donc un candidat ou une candidate socialiste avec qui le rapport de force puisse être plus constructif ?

Je ne veux pas tourner autour du pot. Mon intention est de battre les socialistes. Je pense qu'ils ne sont pas bons et qu'ils ne savent pas ce qu'il faut faire. 

 

Vous pensez à Martine Aubry à la tête du PS ?

Ce n'est pas le sujet. Martine Aubry est comme un bouchon à la surface de flots contraires. On va me dire que ce n'est pas raisonnable de vouloir les battre quand, dans le meilleur des cas, je suis à 6 % dans les sondages. Mais à quoi sert de faire de la politique si ce n'est pas pour affirmer que l'on veut passer en tête et avancer ses propres solutions ?  

 

On dit souvent que vous cherchez à donner ses lettres de noblesse à une forme de populisme de gauche.

Je n'ai plus du tout envie de me défendre de l'accusation de populisme. C'est le dégoût des élites - méritent-elles mieux ? Qu'ils s'en aillent tous ! J'en appelle à l'énergie du plus grand nombre contre la suffisance des privilégiés. Populiste, moi ? J'assume ! 

 

Parlons de votre doctrine...

Vous me permettez de la résumer ? Cela me prendra moins d'une minute et demie !  

Je me réclame d'un intérêt général, un mot au moins aussi disputé à gauche qu'à droite. Pour la droite, c'est une construction idéologique qui mène au totalitarisme, la somme d'intérêts particuliers d'où viendrait l'harmonie. Pour certains à gauche, l'intérêt général serait le masque sous lequel les dominants font passer leur intérêt individuel pour celui de l'ensemble.  

Pour moi, cette querelle est tranchée par l'écologie politique : un intérêt général humain est prouvé, celui de la conservation de son écosystème mis en cause par le capitalisme productiviste. J'enchaîne. S'il existe un intérêt général humain, il faut en débattre : c'est la fonction de la démocratie. Ensuite, il faut qu'il soit pensé en fonction de l'intérêt de tous : c'est la république. Ce n'est possible que si nous sommes à égalité : c'est le socialisme. Ecologie, république, socialisme. Pour y parvenir, la fin et le moyen se confondent, c'est ce que j'appelle la révolution citoyenne !  

(...).

 

Voilà pour le socialisme. En ce qui concerne le sarkozysme, vous écrivez sur votre blog que c'est "avoir un terrain vague dans la tête". Qu'est-ce à dire ?

C'est une expression qu'a utilisée Brice Hortefeux. Elle vient de Maurras ! Je crois qu'ils sont totalement perdus. Ils ne savent plus où ils vont. Nicolas Sarkozy a gâché sa victoire. Son programme libéral est mort avec la faillite de Lehman Brothers. Il est épuisé. Ceux qui exercent le pouvoir ont intérêt à avoir bien rempli l'éponge car, dans le temps où ils sont en exercice, elle se vide ! Il a perdu la capacité de se renouveler au contact du quotidien. Il s'est vite essoré.  

 

A quel moment avez-vous envisagé clairement une candidature à l'élection présidentielle ? Dès la création du Parti de gauche ? Plus tard ?

Jamais. Au départ, mon intention était juste de sauver notre gauche en créant un nouveau grand parti et en croyant que nous pourrions fusionner avec le PC, comme en Allemagne. Très vite, il est apparu que les communistes français ne le souhaitaient pas. Nous avons alors lancé le Front de gauche, fédérateur malgré les tensions.  

La présidentialisation est une atrophie de l'esprit : ce truc rend fou les gens qui se sentent habités, il suffit de voir dans quel état sont ceux qui se disent candidats ! Illuminés de l'intérieur, toujours attentifs à correspondre à une image. Moi, je ne suis pas du tout là-dedans : je remplis la fonction de tribun du peuple.  (...)

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A propos de Jean Luc Mélanchon

Roger Martelli

 

Un de nos objectifs politiques majeurs est l’émergence d’une force nouvelle, capable de peser dans l’espace politique, en tissant ce lien entre la créativité sociale et les institutions qui fait tant défaut aujourd’hui. Dans cette construction, nous rencontrons des obstacles (tout le monde ne veut pas de cette force nouvelle) et nous avons des partenaires potentiels. Jean-Luc Mélenchon est de ceux-là. Puisque le débat à son sujet est vif, j’essaie de formuler ici mon opinion.

 

1. Je ne suis pas membre du Parti de Gauche pour des raisons sérieuses. J’ai eu l’occasion, dans Regards, de dire ce que je pensais des idées de l’ami Méluche. Tout en saluant la cohérence stimulante de sa pensée, je lui faisais, en gros, trois séries de critiques.

  • Son regard sur la social-démocratie ne va pas jusqu’au bout. Il mène une charge flamboyante contre le social-libéralisme et l’attraction démocrate du socialisme européen. Mais on constate de sa part une certaine indulgence pour la gestion d’un Lionel Jospin.
  •  Or son échec est significatif de deux choses fondamentales : des limites d’une social-démocratie qui ne s’est pas posé la question de savoir comment contredire concrètement la logique destructrice d’un capitalisme mondialisé ; des impasses d’une démarche qui ne s’est pas dégagée de la voie étatiste traditionnelle. Si le parti pris de transformation sociale n’ouvre pas une nouvelle ère de la forme publique et de l’appropriation sociale, s’il pense qu’il lui suffit de retourner à l’étatisme pour échapper au libéralisme, il court par avance à l’échec. Ni le vieux keynésianisme, ni le vieux soviétisme ne sont des réponses adéquates au vieux libéralisme. Si l’on ne part pas de ce postulat, difficile d’espérer dégager les voies modernes de la mise en commun.
  • Il pratique une référence non critique à la tradition républicaine. JLM fait de la République l’axe organisateur d’un projet post-libéral. Il oublie un peu trop que la République est historiquement contradictoire, bourgeoise et plébéienne, porteuse d’émancipation et d’ordre contraignant, ouverte et éradicatrice tout-à-la-fois. Parler de République en général ne dit rien, ni des logiques économico-sociales qui la fondent, ni des dynamiques politiques qui la nourrissent, ni des horizons culturels qui la stimulent. Ajouter le qualificatif de « sociale » ne suffit plus aujourd’hui. Pour que la République vive, elle doit rompre avec des pans entiers de la « tradition républicaine » et s’ouvrir aux formes modernes qui permettent à des personnes irréductiblement différentes de faire société. Ainsi, ce n’est pas en confondant l’égalité et la ressemblance, le « tous égaux » et le « tous pareils » que l’on contredira la pente du repli communautaire.
  •  
  • Ajoutons : du point de vue institutionnel, ce n’est pas en « revenant » à la juste représentation de la « bonne » République parlementaire, que l’on dépassera la crise de la démocratie. En ce domaine, pas plus que dans un autre, ce n’est pas un « retour à » qui devient nécessaire, mais une créativité démocratique.
  • Il sous-estime enfin la nécessité d’un renouveau radical des formes politiques. On n’a sans doute pas trouvé encore une forme politique qui assume, en mieux, les fonctions de politisation populaire qui furent autrefois celles du parti politique. Mais il faut au moins partir du constat fondateur que les formes actuelles (notamment la forme partisane calquée sur le fonctionnement hiérarchique et vertical de l’État) ne permettent ni de créer de la politisation de masse, ni de rendre plus poreuses les frontières du social et du politique, ni de stimuler de façon moderne la tension inévitable de l’autonomie de la personne et de l’effort collectif.
  • En bref, disais-je dans Regards, je trouve que Mélenchon est tellement obsédé par le refus du reniement, tellement hanté par tant de reculades accomplies au nom de la modernité, qu’il en finit par oublier l’exigence du renouvellement transformateur. Il ne suffit pas qu’ « ils » s’en aillent ; encore faut-il que « nous » sachions faire autrement. Pas seulement autrement qu’ « eux » ; autrement aussi que tous ceux qui, avant nous, ont voulu changer l’ordre des choses et ont vu leurs armes mêmes se retourner contre eux. À ne pas se mettre en posture de chercher ce renouveau, on court le risque de laisser le monopole de la modernité, soit à des modernités frelatées (l’acceptation de la société de marché), soit à des modernités anémiées par leur défaut de radicalité transformatrice (Europe Écologie ?). Depuis plus de vingt ans, je suis « communiste » et « refondateur » : parce que je ne vois vraiment pas comment séparer l’affirmation d’une tradition et l’exigence de sa radicale transformation.
  •  
  • À ces points évoqués dans Regards, j’ajoute ici un autre. Jean-Luc Mélenchon, à mes yeux, n’est pas un populiste – j’y reviendrai plus loin ; mais j’estime qu’il a tort de ne pas récuser ouvertement cette notion. Le mot d’ordre « Qu’ils s’en aillent tous ! » est né en Amérique du Sud. Sa portée subversive y a été immense. Je doute pourtant de l’utilité de son exportation littérale en terre française. Je suis d’une culture (la communiste) qui n’aime pas tout ce qui, peu ou prou, cultive le ressentiment et non la combativité. Au slogan de « Sortez les sortants ! » cette culture politique a toujours préféré celui de « Prenez vos affaires en main ! ». Le communisme à la française a exalté la fierté ouvrière, davantage qu’il n’a enfermé la classe dans sa souffrance et sa rancœur. Par instinct, je me méfie donc de tout ce qui, fût-ce avec les meilleures raisons du monde, peut nourrir le ressentiment.
  •  

2. Voilà quelques plages de désaccord. Elles sont assez conséquentes pour que, communiste impénitent, je ne sois pas en état d’être membre du parti « de » Jean-Luc Mélenchon. Mais de solides raisons me poussent à dire en même temps que, en communiste, j’envisage parfaitement d’être dans une formation politique « avec » Jean-Luc Mélenchon, comme avec bien d’autres, dont je ne retiens pas toutes les idées mais dont je partage les valeurs essentielles.

 Bien plus : je souhaite que ce moment advienne.

  • Il est tout d’abord un des rares politiques, à la gauche du PS, à affirmer haut et fort qu’il faut inscrire chaque échéance, électorale ou non, dans un horizon qui est celui de l’émergence d’une force politique d’alternative et donc à la gauche du PS.
  •  Le temps qui passe, depuis 2005 au moins, ne cesse de nous dire avec force les désastres qui résultent de cette absence. Faute de force commune, plurielle par fondation mais disposant de l’atout de cohérence qui fut naguère le privilège des partis politiques, le terrain politique reste dominé par les logiques de « l’utilité » (le PS) ou celle d’un renouveau contournant l’exigence des ruptures fondamentales (Europe Écologie).
  •  Or Mélenchon plaide avec constance pour une telle force, dont il explique qu’elle doit être : à gauche et exclusivement à gauche ; capable de regrouper le peuple ; apte à reconquérir l’hégémonie culturelle laissée à gauche au PS ; unitaire.
  • Pour l’essentiel, et sous réserve d’inventaire plus approfondi, je ne vois pas comment je pourrais faire la fine bouche devant ce cahier des charges, qui identifierait positivement la force nouvelle dans le paysage de la gauche française.
  • * Le NPA tire volontiers sur tout ce qui bouge à la gauche du PS, au nom de la rigueur de « l’anticapitalisme ».
  • * Le PCF ne veut pas d’une nouvelle force et, peu ou prou, continue de penser des formules de rassemblement construites autour de lui-même, dans un tête-à-tête exclusif avec le PS.
  • * Mélenchon dit qu’il faut une nouvelle force et avance sur l’orientation qui doit être la sienne. Dont acte…
  • Quand il parle de la force nouvelle à construire, Mélenchon ajoute que la gauche de gauche doit avoir vocation à gouverner, et pas nécessairement à la seule condition qu’elle soit majoritaire à gauche. Mais il précise qu’il est dangereux, aujourd’hui, de laisser entendre que le PS est, à court terme, capable : de faire un inventaire critique de ses expériences gestionnaires passées ; d’élaborer un projet de transformation conséquente, dans sa globalité comme dans ses détails ; d’enclencher une dynamique citoyenne qui mettrait l’alternative franche au cœur des retrouvailles du mouvement social et de la politique institutionnelle. Les ambiguïtés du PS sur la question des retraites montrent que les socialistes ont beaucoup de chemin à parcourir avant de se mettre à ce niveau d’exigence. Il ne sert donc à rien de laisser entendre qu’ils y parviendront d’ici 2012.
  •  
  • Mieux vaut alors ne pas laisser accroire que, sans que l’équilibre des forces soit révolutionné du tout au tout, il est possible à ce jour d’envisager avec eux une participation aux responsabilités exécutives de l’État. C’est mettre la charrue avant les bœufs ; c’est semer les graines de nouvelles illusions ; c’est laisser le champ libre à une radicalité courte de contestation sans alternative. Le NPA critique le PS, mais il le fait dans une posture qui laisse pratiquement la main à la force hégémonique de la gauche française. Pour des raisons qui tiennent à son affaiblissement et à son enfermement interne, le PCF pratique le louvoiement et le flou artistique intégral, se préparant peut-être à retourner au plus vite au gouvernement. Mélenchon affirme que, si la perspective du gouvernement est un horizon nécessaire (comment changer les choses sans majorité pour le faire ?), il vaut mieux ne pas faire comme si cette perspective était immédiatement pensable, avec le PS tel qu’il est, avec les rapports des forces tels qu’ils sont. Cette posture est la bonne.
  •  
  • Enfin, Mélenchon dit avec passion qu’aucune construction populaire ne peut contourner le constat d’un discrédit de la politique institutionnelle qui tourne à une colère jouxtant désormais au ressentiment populaire.
  •  Rien n’est possible si l’on n’entend pas cette colère. Mélenchon le fait à sa façon. Elle n’est pas la mienne. Mais a-t-il tort sur le fond ?

J’entends dire, çà ou là, que le temps est revenu « des » populismes, formule que l’on complète tout aussitôt par « de droite comme de gauche ». Je lisais récemment un article éditorial du Monde expliquant que le populisme « des deux rives » était aujourd’hui le risque principal « des gouvernants ».

Mais ne se rend-on pas compte de l’énormité de cette formule, qui considère qu’il y a donc « des gouvernants », de droite et de gauche, indifféremment de droite ou de gauche ? Cette idée est mortifère. Elle est au cœur des théories de la « bonne gouvernance » : droite et gauche sont confrontées aux mêmes « contraintes » et doivent avant tout mobiliser les « compétences » autour de politiques qui ne diffèrent qu’à la marge, l’essentiel étant fixé par la logique des marchés financiers.

Or, si des compétences doivent être sollicitées, ce n’est pas dans l’esprit de la gouvernance mais dans celui de la démocratie citoyenne, autour de l’idée que le réservoir principal de l’innovation est dans la créativité populaire et pas dans sa négation. Ce dont souffre la technicité aujourd’hui est d’être écartée de ce réservoir-là ; dès lors, on lui demande à la fois énormément… et pas assez. Ce n’est pas mépriser les compétences vraies que de rappeler qu’elles s’étouffent elles-mêmes, quand on en use et abuse pour se substituer au peuple souverain.

 

Ne voit-on pas que c’est précisément là qu’est la source de tous nos déboires démocratiques ? Depuis trente ans, des équipes réputées expertes se succèdent dans une alternance de pouvoir sans rupture sensible : libéralisme hard ou libéralisme soft, capitalisme primaire ou capitalisme subtil.

 Mais que devient l’hypothèse postcapitaliste ? Que devient la conviction, longtemps répandue à gauche, que seul est vertueux le mariage de l’efficacité et de l’égalité, de la responsabilité et du pouvoir partagé ? Que devient l’idée ancienne de la priorité de l’objectif (extension des capacités humaines ou accumulations des marchandises et des profits ?) sur les méthodes (les structures et les techniques gestionnaires) ?

 

« Méluche » est une grande gueule. Il irrite ? Peut-être. Mais s’il est quelque chose de proprement insupportable, ce n’est pas son excès : c’est la réalité contre laquelle il s’insurge.

Du haut en bas des rouages du pouvoir, qu’il soit public ou privé, des cohortes de « compétents » partagent le même style, sont issus des mêmes cursus et gouvernent, décidant du sort de millions d’individus. Sans que se confondent pleinement la droite et la gauche, ils contribuent à rendre floues leurs frontières, nourrissant ainsi le sentiment que toutes les équipes font en gros la même chose et que, au final, la politique relève du « tous pareils ! ». Or tous ceux-là ne font jamais leur autocritique : on licencie des caissières pour avoir emprunté quelques centimes, mais les patrons mis à l’écart cumulent les parachutes dorés et les gouvernants d’hier pantouflent tranquillement dans le privé. Équipes de droite et équipes de gauche ont failli ; mais, inlassablement, on prend les mêmes et on recommence… Je crois être un homme plutôt poli ; mais je trouve que l’impolitesse la plus grave est celle du mépris, à l’égard de ceux dont on affirme défendre les droits et que l’on enfonce, de gouvernement en gouvernement, d’élection en élection, dans le mal-vivre et la dépossession.

 

En un mot, je tiens que l’indignation doit se porter contre ceux qui nourrissent la crise de la politique et non pas contre ceux qui les dénoncent. Et j’affirme, une fois de plus, quoi qu’il en dise lui-même, que Jean-Luc Mélenchon n’est pas un populiste, pas plus que le communisme d’hier ne fut un populisme. Il ne vitupère ni les intellectuels, ni la solidarité de l’impôt, ni « les Parisiens », ni les sauvageons, ni les immigrés. À généraliser le vocable de populisme, on court le risque de le banaliser dangereusement ; à la limite, de le valoriser, dans un contexte de crise des repères politiques.

 

Je termine par ceci. Jean-Luc Mélenchon fait partie des figures marquantes et identifiées de la gauche de gauche. Le fait qu’il soit un ancien socialiste ne lui donne pas de qualité particulière ; elle est toutefois un atout pour affirmer que le parti pris d’une gauche bien à gauche n’est pas celui d’une « petite gauche » et qu’elle peut, à terme, avoir vocation à redevenir majoritaire à gauche, comme elle l’a été naguère (au temps de la grande influence du PCF) et comme elle le fut en 2005, au moment du référendum sur le Traité constitutionnel européen.

Il n’y a pas de sauveur suprême, pas d’homme providentiel. Ce n’est pas une raison pour tirer à vue quand une tête (ou une grande gueule) sort du lot.

Il vaut mieux ne pas nous cacher derrière notre petit doigt. Alors que l’alternative est plus urgente que jamais, la gauche de gauche va mal. Nous n’avons pas réussi à dégager ensemble des perspectives claires. Bien loin de nous rassembler politiquement, nous nous sommes déchirés.

Résultat : la dynamique est du côté du PS et d’Europe Écologie. La gauche de gauche n’a jamais eu de résultat aussi piètre que depuis 2007. Le risque, désormais, est qu’elle se marginalise durablement. Nous avons toujours dit que notre diversité est notre richesse. Mais mettons-nous en pratique cette affirmation ? Si, chaque fois qu’une personnalité émerge, nous voyons avant tout ce qui la distingue de telle ou telle de nos « familles » ou sensibilités, où allons-nous ?

À ce jeu, on risque hélas une seule chose : que le terrain médiatico-politique et, in fine, le terrain électoral, ne soit occupé que par une gauche hégémonique et « responsable » d’un côté et, de l’autre côté, par une mosaïque contestataire vouée au seul rôle de porteur d’eau ou d’aiguillon minoritaire d’une social-démocratie toujours aux commandes et recentrée.

 

Roger Martelli

 

 

Par henri Moulinier - Publié dans : Front de gauche: à élargir - Communauté : Les antilibéraux
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  • henri Moulinier
  • Henri MOULINIER
  • Homme
  • 18/01/1948
  • France Europe Monde Charente-maritime la rochelle
  • europe politique écologie liberté économie
  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Acteur du Front de gauche. Ancien professeur de lycée en S.E.S. Chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Doctorant en histoire. Président LDH La Rochelle.

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