Lundi 19 septembre 2011 1 19 /09 /Sep /2011 19:07

Sortir de l'euro? Je pense, comme Jacques Sapir ( voir article ci-dessous) que l'euro tel qu'il est aujourd'hui, héritier du Traité de Maastricht en 1992, ça ne marche pas, dans une Union Européenne dont les pays membres n'ont pas le même niveau de développement économique et social, système de monnaie unique gangréné par le diktat de la finance (des marchés financiers, alias les spéculateurs de tous bords, à commencer par les banques et les fonds de placement). Après la victoire du NON au projet de Traité constitutionnel en 2005, les gouvernements européens, Sarkozy en tête, de droite comme socialistes, ont tout fait pour garder ce système et nous ont fait avaler le Traité de Lisbonne qui impose cette "liberté des capitaux", une Banque Centrale Européenne qui n'a pas le droit de prêter de la monnaie aux Etats (comme elle le fait aux banques privées à 1,25 %), qui doivent se soumettre aux exigeances des "marchés financiers" à des taux d'intérêt prohibitifs ( L'Etat français emprunte chaque année, pour ... rembourser les seuls intérêts de sa dette !!!).

 Je pense surtout qu'il faut une autre orientation de la construction européenne, qui se dégage de la gangue financière, donne à la BCE un autre rôle (prêter aussi aux Etats sans intérêt), développer un pôle public bancaire, ce que propose le Pragramme partagé du Front de gauche.

Faut-il sortir de l'Euro? Le débat est ouvert. 

  H Moulinier

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Pour Jacques Sapir, nous sommes près de la fin de l'Euro (1)

Jacques Sapir nous livre en exclusivité les premières pages de l'introduction de son nouveau livre qui paraîtra courant novembre. Le premier volet de son analyse de la crise de l'Euro en aborde les origines : une financiarisation à outrance, le déni de démocratie qui suivit le référendum de 2005 ou encore le traité de Lisbonne. L'économiste voit pour seule issue une sortie de l'Euro, encore possible aujourd'hui selon lui.

De la Grèce à l’Italie, en passant par l’Irlande, le Portugal et l’Espagne, la zone Euro est désormais en feu. Les États ne cessent d’emprunter à des taux de plus en plus élevés et les contrats d’assurance sur les dettes, qu’elles soient publiques ou privées, voient le montant de leurs primes s’envoler. L’Euro aujourd’hui se meurt. Tout cela avait été prévu il y a de cela plusieurs mois (1), voire plusieurs années (2). Mais Cassandre ne saurait se réjouir de voir ses prévisions se réaliser. On ne comprend que trop que la mort de l’Euro, du fait de l’entêtement imbécile de nos dirigeants et de leur incapacité à prévoir une sortie ordonnée ce qui serait pourtant encore possible aujourd’hui, nous condamne très probablement à un saut dans l’inconnu.

L’histoire mesurera la responsabilité de nos gouvernements qui, par idéologie, par conformisme et parfois par lâcheté ont laissé la situation se dégrader jusqu’à l’irréparable. Elle dira aussi l’immense culpabilité de ceux qui, dans les capitales nationales comme à Bruxelles ou à Francfort, ont cherché à imposer à contrebande une Europe fédérale par le biais de la monnaie unique à des peuples qui n’en voulaient pas. Aujourd’hui, ce n’est pas seulement l’Euro, cette construction boiteuse et imparfaite, qui agonise. C’est aussi une certaine conception de l’Europe.
La victoire provisoire des « cabris », de ceux qui pour reprendre la phrase célèbre du Général de Gaulle s’en vont criant « l’Europe, l’Europe » en sautant sur des chaises, se paye aujourd’hui au prix fort. Si nous ne voulons pas en revenir à une Europe du conflit « de tous contre tous », il nous faudra réapprendre les principes de la coordination entre Nations souveraines, qui sont les berceaux de la démocratie, sur les ruines d’une coopération que l’on a voulu construire sur le mépris de l’opinion des électeurs. La crise actuelle solde à la fois les erreurs d’une financiarisation à outrance voulue à la fois par la droite et la gauche parlementaire (3), et la faute politique que fut le Traité de Lisbonne et le déni de démocratie qui suivit le référendum sur le projet de traité constitutionnel en 2005.

En effet, à peine nos gouvernants ont-ils le sentiment d’avoir apporté un remède, ne serait-ce que temporaire, sur l’un des pays que la crise se précise sur un autre. Les banques européennes sont ainsi dans l’œil du cyclone, et elles ont subi de lourdes pertes quant à leur capitalisation depuis le début du mois d’août. L’incertitude quant à leur solvabilité ne cesse de monter. Elle est à la mesure de l’erreur, et le terme est modéré, qui fut commise au début du printemps 2011 quand les « tests de résistance » (ou Stress-Tests) qui furent réalisés ont omis dans leurs hypothèse d’intégrer un possible défaut d’un pays de la zone Euro. Nous payons cher cette erreur (4) ! Il est probable que celle-ci rende inévitable une nationalisation temporaire, partielle ou totale, de nos systèmes bancaires.
Après la Grèce, désormais condamnée au défaut et à une dévaluation (5), et saignée à blanc par une répétition insensée de plans d’austérité qui fut dénoncée par l’économiste en chef de Natixis (6), ce sont l’Italie et l’Espagne qui donnent des signes de faiblesse (7). En Italie, en dépit de la multiplication de plans d’austérité, la dette n’en finit pas d’augmenter tandis qu’inexorablement monte le flot du chômage en Espagne. Le Portugal s’enfonce dans une crise sans issue (8) et la France elle-même est mise en cause.

Les septiques les plus endurcis doivent donc l’admettre dans les tréfonds de leur cœur. Au-delà de la crise de chaque pays, qui s’explique par des raisons à chaque fois spécifiques, au-delà de la crise de gouvernance de la Zone Euro, certes prévisible mais qu’exaspère une opposition entre l’Allemagne et la France, c’est bien la monnaie unique, l’Euro lui-même, qui est en crise.

Cette crise était en fait prévisible depuis de nombreuses années, car les défauts structurels de la zone Euro étaient notoires et bien connus des économistes, y compris de partisans de l’Euro (9). Les déséquilibres induits par la monnaie unique faisaient leur chemin aux seins des économies de pays de la Zone Euro. Si la crise de 2007-2008 a donné une impulsion décisive à la crise de l’Euro, il convient de dire que cette dernière n’attendait qu’un grand désordre de l’économie mondiale pour se révéler.
Cette crise est devenue une réalité à l’été 2009 quand l’accumulation des dettes a atteint un seuil critique en Grèce, en Irlande et au Portugal. À l’été 2011, elle a pris un tour dramatique qui prouve que le processus va empirant. On peut d’ailleurs constater la montée d’une fatigue de l’Euro, qui est perceptible que ce soit dans les opinions publiques (10) où désormais nous avons une majorité contre une aide supplémentaire à la Grèce, mais aussi dans les gouvernements où le découragement désormais se fait jour.
Cette crise se combine aussi avec les inquiétudes que suscite la situation aux Etats-Unis. La perte par ce dernier pays de sa note AAA, prouve qu’il n’est pas sorti de la crise dite des « subprimes » (11). De plus, les perspectives de croissance y sont très faibles. Premier pays frappé par la crise de 2007, il n’a pas retrouvé une dynamique de développement saine et s’enfonce lentement dans une double crise d’endettement tant de l’État fédéral que des ménages. Les réactions des pays émergents, menés par la Russie et la Chine (12), face à la politique monétaire menée par Washington sont de plus en plus vigoureuses. 
 

La concomitance de ces crises contribue cependant à en obscurcir le sens. Elle masque en particulier ce que la crise dans la Zone Euro a de spécifique et les effets de la monnaie unique qui aggravent cette crise. Mais elle nous rappelle que dans un monde de finance globalisée, des liens étroits unissent les différents problèmes. Que l’Euro vienne à disparaître et c’est le Dollar qui se trouvera en première ligne face à la spéculation internationale qui se déchaînera alors. Gageons qu’il ne tardera guère à sombrer.
Nombreux sont ceux qui pensent que la crise de l’Euro réjouit les dirigeants américains. Ils se trompent lourdement. Un Euro affaibli politiquement mais présent, concentrant pour plusieurs années encore l’attention des spéculateurs internationaux et freinant le développement des économies européennes, est bien la meilleure situation pour les dirigeants de Washington. C’est bien pourquoi ces derniers multiplient les initiatives pour forcer la main des pays européens et pour que soit mis en place un nouveau plan de sauvetage de la crise en Grèce.

Ainsi, pour des raisons aussi diverses qu’il y a de pays concernés, des deux côtés de l’Atlantique les dirigeants affirment leur volonté de défendre l’Euro. Mais les faits sont têtus ! Et quand on les méprise, ils se vengent.
Les argumentations controuvées des uns et des autres, les plaidoyers pro-domo de politiciens aux abois, les arguties dans un jargon pseudo technique dans lesquelles se complaisent les bureaucrates de Bruxelles n’y changeront rien. La monnaie unique européenne, qui fut à son origine source de tant d’espoirs, n’a tenu aucune de ses promesses. Elle meurt aujourd’hui de l’échec du projet politique qui lui avait donné naissance, le « fédéralisme furtif », et de la divergence dans les dynamiques économiques des pays membres, divergence exacerbée par la politique de l’Allemagne.

Ce qui est infiniment plus grave que la mort de l’Euro dans sa forme actuelle, c’est que le principe même de coordination monétaire risque de mourir avec lui. Et la question est aujourd’hui posée : peut-on sauver ce principe de coordination, avec ce qu’il implique de flexibilité pour chaque pays et de coopérations entre pays, du désastre qui attend l’Euro ?

Rendez-vous pour le second volet de l'analyse de la crise de l'Euro par Jaques Sapir.

Lundi 19 Septembre 2011

Jacques Sapir - Tribune

(1) Pour mémoire citons de nombreux articles publiés par l’auteur sur le site de Marianne2 dont, en mai 2010, J.Sapir, « Grèce: les trois mensonges des médias et des experts », URL : http://www.marianne2.fr/Grece-les-trois-mensonges-des-medias-et-des-experts-1_a192305.html et, J. Sapir, « Europe : Jacques Sapir répond au Nouvel Observateur », Marianne2, URL http://www.marianne2.fr/Europe-Jacques-Sapir-repond-au-Nouvel-Observateur_a193058.html , en décembre 2010, J. Sapir, « L'euro peut-il survivre à la crise ? », Marianne2, URL http://www.marianne2.fr/L-euro-peut-il-survivre-a-la-crise-3-3_a201117.html, J. Sapir, « L'euro fort nous a coûté 403 milliards d'euros. Cash! », Marianne2, URL : http://www.marianne2.fr/L-euro-fort-nous-a-coute-403-milliards-d-euros-Cash_a201330.html , J. Sapir: « Jacques Sapir : pourquoi la France ne doit pas copier l'Allemagne » Marianne2, URL : http://www.marianne2.fr/Jacques-Sapir-pourquoi-la-France-ne-doit-pas-copier-l-Allemagne-1_a202867.html .
(2) J. Sapir, « La Crise de l’Euro : erreurs et impasses de l’Européisme » in Perspectives Républicaines, n°2, Juin 2006, pp. 69-84.
(3) Ce que le Nouvel Observateur fait mine de découvrir aujourd’hui en citant le rapport du professeur Rawi Abdelal datant de 2005. Voir P. Fauconnier, « La gauche française, pionnière de la dérégulation financière ? », Le Nouvel Observateur, 16 septembre 2011, URL : http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/economie/20110916.OBS0537/la-gauche-francaise-pionniere-de-la-deregulation- financiere.html
(4) Ou plus précisément l’aveuglement idéologique de nos dirigeants qui se refusaient en ce printemps 2011 d’admettre la possibilité d’un défaut.
(5) P. Artus, « Faut-il sortir la Grèce de la zone Euro ?», FLASH Économie-Recherche économique, Natixis, n° 696, 15 septembre 2011. Il n’y a pas de sens pour la Grèce en effet de faire défaut sur sa dette et de rester dans la zone Euro. Si elle veut retrouver le chemin de la croissance, elle doit dévaluer et pour cela sortir de la zone Euro.
(6) P. Artus, « Que faire pour aider la Grèce », FLASH Économie-Recherche économique, Natixis, n°531, 7 juillet 2011, Paris.
(7) P. Artus, « L’Italie et l’Espagne subissent-elles une crise de solvabilité ou une crise de liquidité ? », FLASH Économie-Recherche économique, Natixis, n° 695, 15 septembre 2011.
(8) P. Leao et A. Palacio-Vera, «Can Portugal Escape Stagnation without Opting Out from the Eurozone?», Working Paper n° 664, Levy Economics Institute of Bard College, Mars 2011, Annandale-on-Hudson, NY 12504-5000.
(9) Comme en témoigne M. Aglietta, "Espoirs et inquiétudes de l'Euro", in M. Drach (ed.), L'argent - Croyance, mesure, spéculation, Éditions la Découverte, Paris, 2004.
(1)0 Le Figaro comme le Nouvel Observateur publiaient sur leurs sites internet le 17 septembre 2011, les résultats d’un sondage donnant 68% des français opposés à la poursuite de l’aide à la Grèce. En Allemagne, ce ne sont pas moins de 75% des personnes interrogées qui ont manifesté une semblable opposition.
(11) L. Randall Wray, « Lessons We Should Have Learned from the Global Financial Crisis but Didn’t » , Working Paper n° 681, Levy Economics Institute of Bard College, Août 2011, Annandale-on-Hudson, NY 12504-5000.
(12) A. Chechel, S. Rose et J. Jordan, « Putin Denounces American Parasite While Russia Increases Treasuries 1,600%», Bloomberg, 19 août 2011, URL : : http://www.bloomberg.com/news/print/2011-08-18/putin-slams-u-s-parasite-after-1-600-jump-in-russia-holdings.html. Z. Lifei, « China Joins Russia in Blasting U.S. Borrowing », Bloomberg, 3 août 2011, URL : http://www.bloomberg.com/news/print/2011-08-03/china-s-zhou-to-monitor-u-s-debt-as-xinhua-sees-bomb-yet-to-be-defused.html

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La dette illégitime: un article et un livre de François Chesnais

http://danactu-resistance.over-blog.com/article-les-dettes-illegitimes-un-livre-et-un-article-signe-fran-ois-chesnais-77357291.html

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Par henri Moulinier - Publié dans : 2012, pour une alternative à gauche - Communauté : Les blogs citoyens
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  • henri Moulinier
  • Henri MOULINIER
  • Homme
  • 18/01/1948
  • France Europe Monde Charente-maritime la rochelle
  • europe politique écologie liberté économie
  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Acteur du Front de gauche. Ancien professeur de lycée en S.E.S. Chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Doctorant en histoire. Président LDH La Rochelle.

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