Partager l'article ! Après les élections régionales, la rigueur sociale: attention danger!: Le tournant de la rigueur La France a transmis ...
La France a transmis à Bruxelles le 1er février dernier son « Programme de stabilité 2010-2013 » (à consulter ici). Il prévoit que les déficits publics passeront sous la barre des 3 % de PIB dès 2013. Un
document qui marque le « tournant de la rigueur » du quinquennat de Nicolas Sarkozy...
Deux questions:
Il faut bien sûr réussir à réduire le niveau des déficits publics après la crise,
mais pour y parvenir se posent deux questions.
° La première est celle du rythme. Celui qui est programmé par le gouvernement sous la pression de la Commission européenne est
probablement trop rapide. D'autant que la Commission veut que la même politique soit mise en œuvre dans tous les pays de l'Union en même temps. Du coup, l'objectif de réduction
des déficits ne sera très probablement pas atteint au final : la croissance risque de tellement ralentir que, contrairement à l'objectif poursuivi,les
déficits augmenteront parce que les recettes baisseront, alors que le retour de la récession entraînera une nouvelle hausse des dépenses. C'était déjà la mésaventure qui était
arrivée au gouvernement d'Alain Juppé en 1995 lorsque, deux ans après la récession de 1993, il avait trop brutalement serré la vis budgétaire.
° La seconde question est celle des moyens mis en œuvre. Le choix du gouvernement de ne miser que sur
la réduction des dépenses publiques et non sur l'augmentation des impôts des plus riches est à la fois injuste et inefficace.
Une augmentation des impôts des plus aisés les amènerait en effet à puiser dans leur épargne abondante (avec 16 % de taux d'épargne moyen les Français – pas tous
bien sûr – sont actuellement des champions du monde de l'épargne). Ce qui permettrait de limiter les déficits sans ralentir outre mesure la consommation et l'activité.
Le gouvernement entend réduire les dépenses de protection sociale, non taxer les plus
riches!
Ce n'est pas la voie que souhaite emprunter le gouvernement, qui préfère limiter les dépenses publiques, et au
premier chef les dépenses de protection sociale. Ces coupes affecteront surtout les moins aisés dont les revenus dépendent davantage de la protection sociale. Et elles inciteront
les Français à épargner davatange en prévision de maladies ou d'une retraite de moins en moins bien couvertes par les mécanismes collectifs. Et l'effet négatif sur l'activité économique s'en
trouvera multiplié...
Retrouvez ici le dossier d'Alternatives Economiques n° 288 de février 2010 : « Faut-il avoir peur de la dette
publique ? », ainsi que le dossier documentaire qui l'accompagne ici.
Au moment où l'on débat de la baisse des dépenses publiques, un nouveau rapport du ministère de l'Education vient de confirmer que la part du coût de l'éducation dans
le produit intérieur brut (PIB) continue de baisser, passant de 7,6 % en 1995 à seulement 6,6 % en 2008.
« Un pays qui croit en son avenir est un pays qui investit dans l'éducation. »C'est la phrase fétiche de Luc Chatel, le ministre de l'Education. Mais la réalité est tout autre.
11 200 postes supprimés en 2008, 13 500 en 2009 et 16 000 en 2010. La dépense intérieure d'éducation (DIE)
représentait 7,6 % du produit intérieur brut en 1995. Elle n'en pesait plus que 6,6 % en 2007. Il ne s'agit plus de
« dégraisser le mammouth », on attaque l'os...
Pourtant, la croissance démographique met à mal l'argument jusque-là utilisé pour justifier de telles
baisses :
Avec le baby-boom du début des années 2000, les effectifs en primaire sont déjà en hausse.
De plus, les évaluations internationales montrent un système éducatif français médiocre. L'ascenseur social est en panne depuis le
milieu des années 1990 et les inégalités se renforcent. L'échec scolaire qui touche, à différents niveaux, 20 % des élèves est la maladie nosocomiale de l'école française. Faire évoluer
l'école et sa pédagogie représente donc un enjeu démocratique majeur.
C'est loin d'être seulement une question de moyens, mais sans inverser la logique de rationnement actuelle, il sera difficile de progresser : la contrainte budgétaire engendre une profonde crispation chez les enseignants, tentés de voir dans les réformes à l'œuvre l'habillage pédagogique de la pénurie. Face aux défis de la lutte contre l'échec scolaire et pour la réussite de tous, l'hypothèque budgétaire doit donc être levée. Pour espérer réussir une réforme, notamment celle du lycée, il est indispensable en effet que les principaux acteurs ne pensent pas qu'ils vont y perdre.
Evolution de la part de la dépense intérieure d'éducation (DIE) dans le PIB
|
Année |
DIE en prix courants (milliards d'euros) |
Part DIE/PIB (en %) |
DIE aux prix 2008 (milliards d'euros) |
Croissance annuelle* de la DIE prix 2008 |
Croissance annuelle* du PIB prix 2008 |
|
1980 |
28,5 |
6,4 |
71,2 |
|
|
|
1985 |
50,7 |
6,7 |
80,7 |
2,5 |
1,5 |
|
1990 |
68,0 |
6,6 |
92,9 |
2,6 |
3,2 |
|
1995 |
91,3 |
7,6 |
113,7 |
2,3 |
1,2 |
|
2000 |
104,9 |
7,3 |
124,4 |
1,8 |
2,8 |
|
2001 |
107,3 |
7,2 |
124,8 |
0,3 |
1,9 |
|
2002 |
110,8 |
7,2 |
125,8 |
0,8 |
1,0 |
|
2003 |
113,1 |
7,1 |
126,0 |
0,2 |
1,1 |
|
2004 |
115,6 |
7,0 |
126,8 |
0,6 |
2,5 |
|
2005 |
117,5 |
6,8 |
126,4 |
-0,3 |
1,9 |
|
2006 |
123,1 |
6,8 |
129,3 |
2,3 |
2,2 |
|
2007 |
126,2 |
6,7 |
129,4 |
0,0 |
2,3 |
|
2008 |
129,4 |
6,6 |
129,4 |
0,0 |
0,4 |
Source : MEN-MESR-DEPP, Compte de l'Éducation
* Croissance annuelle moyenne sur la période, donc par rapport à l'année précédente dans le tableau.