Partager l'article ! A l'origine de la crise, une des raisons: l'écrasement des salaires: "A l'origine de la crise" Article issu d'un blog "E-FI", blog de l'éco ...
"A l'origine de la crise"
Article issu d'un blog "E-FI", blog de l'économie et de la finance internationale
Je partage la partie analyse de cette cause majeure de la crise: l'écrasement de la masse salariale dans la valeur ajoutée au ... profit des revenus du capital
Les propositions fiscales sont intéressantes, mais ne suffisent pas pour dépasser cette logique capitaliste, cause de la crise, dans sa dimension actuelle, celle d'un capitalisme financiarisé et
mondialisé.
Il me semble aussi nécessaire de supprimer les paradis fiscaux, créer un pôle financier et
bancaire public pour réorienter le crédit vers un rôle utile et non plus spéculatif, augmenter les
salaires ( en particulier les plus bas), instaurer des mesures européennes de protection ( douanière, face aux importations sauvages qui cassent notre
industrie) et d'harmonisation ( fiscale et sociale), sans oublier une réorientation forte de notre mode de productio/consommation pour enrayer la crise écologique
majeure qui menace notre planête), ...
Henri Moulinier
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Voici l'article:
Devant les défis auxquels nous sommes confrontés, que nous soyons simples citoyens ou homme politique, il nous semble intéressant de revenir au cours de différents épisodes sur les origines de la
crise afin de proposer les solutions que nous sommes en droit d'attendre dans les années à venir. Nous pensons que le débat sur la réforme ou la refondation du capitalisme doit être accessible à
tous et ne doit pas reposer sur la conviction de quelques experts (aussi bons soient-ils!). Dans cet environnement d'une grande complexité, chacun d'entre nous a le droit et le pouvoir d'influer
sur les décisions macroéconomiques et politiques que nous devons exiger de nos élus.
Nous avons décidé d'écrire ces épisodes suite au sommet du G20, réunion qui ne doit être que le commencement d'une coopération internationale intense et de prochains sommets à venir, dans lesquelles les questions que nous poserons ici devront nécessairement être discutées.
Pourquoi en sommes-nous arrivés là?
L'endettement massif des ménages américains, mais aussi britanniques, et dans une moindre mesure des pays de la Zone Euro, est l'une des origines essentielles de la
crise (ce n'est pas la seule, voir, sue le Blog " E-FI": nos précédents articles). Cet endettement des ménages a entraîné une baisse de la solvabilité des agents économiques que nous sommes. Avec une dette moyenne de 170%
du Revenu disponible brut au Royaume-Uni ou de 140% aux USA, l'inévitable faillite des ménages est une réalité à laquelle on ne pouvait échapper. Rappelons à ce titre que le
la Zone Euro voit son taux d'endettement progresser aussi pour atteindre désormais plus de 90% contre près de 65% en 1998 et suit donc inexorablement les problématiques que vivent les américains.
Devant ce constat alarmant, certains avanceront que les ménages ne devaient tout simplement pas consommer au delà de leurs capacités à rembourser. Pourtant, l'importance de la consommation dans la croissance du PIB en fait une variable fondamentale et nécessaire pour que nos économies continuent à croître. Prenons un exemple simple: Pour que les entreprises investissent, pour que les entreprises embauchent, il faut que les produits qu'elles créés soient consommés. Les facteurs de production n'ont une raison d'exister qu'à partir du moment où des agents sont prêts à consommer. Les sommes tirées de ces ventes de produits et diminuées des coûts permettent alors aux entreprises de redistribuer les revenus au Capital (actionnaires et donc propriétaires des outils de production) et au Facteur Travail (les salariés de l'entreprise). Le problème observé depuis le début des années 90 est celui d'une déformation du partage des richesses au profit des actionnaires et au dépend des salariés.
Pour illustrer ce propos, nous pouvons constater que dans les pays de la Triade (Etats-Unis, Europe et Japon) la productivité du travail depuis 1996 et jusqu'à 2009 a toujours été supérieure à l'évolution du salaire réel par tête, à l'exception de quelques mois, pour atteindre par exemple une productivité par tête de 2% début 2006 aux Etats-Unis alors que le salaire réel des individus diminuaient d'1%! Le Japon est encore plus alarmant avec une baisse du salaire réel de 2% en 2004 lorsque la productivité par tête était à l'inverse positive de plus de 2%(source Datastream). (Nb : rappelons que le salaire réel ne tient pas compte des prix de l'immobilier (qui ont augmenté beaucoup plus vite que les salaires, ce qui amplifierait les chiffres ci dessus))
Cette déformation du partage des revenus a engendré inévitablement une baisse des salaires dans le PIB, un excès d'épargne et une
suraccumulation du capital. Cette situation s'est donc traduit par la nécessité de politiques publiques de soutenir la demande. Devant ce défi auquel était confronté les pouvoirs
publiques, la solution qui s'est imposée fut celle de soutenir artificiellement la consommation en proposant massivement des crédits aux ménages et en leur permettant ainsi
de s'endetter toujours plus pour consommer plus...Une façon indolore de faire passer aux agents économiques la stagnation de leur pouvoir d'achat malgré la hausse de leur productivité,
et permettant de relancer la consommation!
Avec des taux d'intérêts inférieurs à la croissance, les Instituts monétaires (BCE, FED) ont menées une politique laxiste permettant aux banques commerciales d'augmenter les crédits aux ménages à
une allure effrayante (hausse moyenne de 10% chaque année), soutenant ainsi les ménages à s'endetter. Malgré ces politiques, la part de la consommation dans le PIB à diminuer sensiblement dans le
monde pour passer de plus de 68% en 91 à moins de 64% en 2007!
Nous pourrions continuer à démontrer cette évidence, cette déformation du partage des revenus durant ces vingt dernières années au profit des actionnaires mais surtout au dépend des salariés et qui est à l'origine de l'endettement massif des particuliers et de la crise des subprimes. Jean-Luc Gaffard (directeur du département innovation et concurrence de l'Observatoire français des conjonctures économiques) explique très clairement dans son article "au cœur de la crise" : "le creusement des inégalités a été la contrepartie de l'exigence d'une rentabilité excessive du capital qui, elle même est à l'origine de la crise actuelle." Pour soutenir ses propos, l'auteur nous propose un graphique très représentatif! La part constituant 0,01% des ménages les plus riches, dans le total des revenus aux Etats-Unis, était compris entre 0,5 et 1% de 1940 jusqu'aux années 1980. Elle est passée en 1998 à 2,57%, un niveau que l'on n'avait pas connu depuis les années 30....
Par ailleurs, au delà "du conflit" actionnaires/ salariés", les différences de rémunération entre les salariés se sont véritablement distendues. L'économiste Camille Landais rappelle dans un article des Echos qu'entre 1998 et 2005 en France, les 0,1% les plus riches avaient vus leurs salaires monter de près de 30% contre une hausse de seulement 3% pour les 90% des salariés les moins payés.
Enfin, Jean-Marc Vittori (dans "l'ère des patrons à un dollar", les Echos, 9 décembre 2008) démontre cette distanciation des salaires qui s'est créé au cours de l'histoire entre les riches et les pauvres : "Platon proposait un écart de 1 à 4 entre les riches et les pauvres. A la fin du 19ème siècle, le banquier John Pierpont Morgan soutenait que l'écart des salaires entre les employés de base et le dirigeant d'une entreprise devait aller de 1 à 20. Henry Ford avait placé la fourchette de 1 à 40....Mais à partir des années 1980, l'histoire change.... Aux Etats-Unis, l'écart va de 1 à 500 en 2000 et monte parfois de un à plusieurs milliers dans les années suivantes......"
Pour terminer, l'analyse de Patrick Artus dans ces Flash Economie (Numéro 142 et numéro 99), explique que les salaires réels «augmentent moins vite depuis 1994» dans le monde que la productivité. "Le partage des revenus se déforme continuellement au détriment des salariés (exception de 1999 et 2007-2008)" écrit Patrick Artus. Il nuance toutefois ces propos selon les zones géographiques et expliquent la baisse des salaires réels par la faiblesse des gains de productivité en France, en Italie ou en Espagne et par la déformation du partage des revenus aux Etats-Unis en Allemagne et au Japon. Enfin, les chiffres de l'INSEE sont criants. La part des rémunérations dans la valeur ajoutée des sociétés non financières en France étaient proches des 70% (un peu plus ou moins selon les années), elle a baissé aujourd'hui de 5 points pour atteindre 65% en 2008.
Maintenant que nous venons de comprendre l'une des origines de la crise, attardons- nous désormais dans la suite de cet article à trouver des solutions permettant de rééquilibrer le partage des revenus entre actionnaires et salariés. En effet, sans une volonté politique de changement à l'égard de ces distorsions, de nouvelles crises de ce type resurgiront inévitablement car les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou la France ne sont pas prêts à sacrifier la consommation de leurs ménages et à suivre l'exemple du modèle économique japonais ou allemand caractérisé par des croissances "relativement molles" fondées sur l'exportation. N'oublions pas enfin que l'Allemagne et le Japon souffrent violemment de la crise économique mondiale pour une raison évidente : pour exporter, il faut des pays prêts à consommer...
Quelques esquisses de solution...
Dans la première partie de l'article, nous avons mis en avant les méfaits de la déformation du partage des revenus. Il nous semble intéressant désormais d'essayer de proposer quelques idées qui
pourraient permettre de restaurer un équilibre, salvateur pour notre économie. Des propositions émanent de toute part et dans tous les sens, quand à l'inverse de nombreux économistes ne
voient pas de solutions concrètes à apporter à cet inexorable déséquilibre.
La pression exercée par la rentabilité du capital (et donc par les actionnaires) ne permet plus aux entreprises d'avoir une vision d'investissement à long terme. La maximisation du profit sur des périodes de temps extrêmement courtes nécessitent de baisser les coûts (par une baisse des salaires par exemple) et par l'élaboration de plans d'investissement éphémères mais très lucratifs.
Pour éviter ce type de situation, nous pourrions considérer et proposer un débat démocratique quand à la rentabilité "normative" ou maximale qu'un actionnaire est en droit d'attendre de l'immobilisation de son capital. Nous pourrions en cela reprendre l'idée très bien développée par Gaël Giraud et Cecile Renouard dans le livre « 20 propositions pour réformer le capitalisme » (un livre à consommer sans modération....).
Les auteurs proposent fort logiquement de considérer que la rentabilité "normale" d'un actionnaire pourrait correspondre au taux d'intérêt sans risque (le taux des Obligations d'Etat par exemple), auquel on ajoute une prime action moyenne (calculée historiquement et correspondant à la rentabilité supplémentaire exigée justement par l'actionnaire en raison des risques qu'il prend à être investi sur les marchés actions). Dans ce contexte, et sans rentrer dans le détail, un Rendement "juste" sur action de 15% permet de considérer très gracieusement une prime sur les actions d'au moins 10% !
A partir de ce niveau, un impôt sur les sociétés dégressif pourrait venir s'ajouter (au taux d'imposition classique). Les auteurs considèrent par exemple qu'au delà d'un "rendement normal" le taux d'IS passe à 40%, pour aller jusqu'à 50% lorsque le ROE (retour sur actions) dépasserait 20%. L'objectif est double à travers cette proposition.
° Tout d'abord, éviter que certaines entreprises ne produisent qu'en ayant pour unique objet la rémunération du capital, ce qui devient d'ailleurs dangereux très rapidement (exemple des Retours sur actions proposées par de nombreuses sociétés juste avant la crise). Par ailleurs, cela permet d'entreprendre des investissements à long terme et peut par là même de contribuer à un rééquilibrage de la Valeur Ajoutée créée par l'entreprise au profit des salariés (rappelons que les salaires passent dans le compte de résultat d'une entreprise...).
Bien entendu, il sera nécessaire que les gouvernements lors des prochains sommets internationaux comprennent que la coopération politique est l'unique moyen de réguler une économie mondialisée qui profite très logiquement des disparités et de la concurrence fiscale entre Etats.
° Autre idée, la rémunération de nombreux dirigeants passe par l'attribution d'actions ou de stock Options. Revaloriser le travail de la majorité des salariés pourrait se faire par l'attribution d'actions gratuites. Cela permettrait à l'entreprise d'intéresser les salariés aux performances générés. Par ailleurs, la transformation du salariat dans l'actionnariat réduirait les confrontations, rééquilibreraient les revenus et permettraient à l'entreprise de bénéficier d'une base actionnariale "de long terme". Plus la part des employés dans la société est importante, moins les investisseurs "spéculateurs" n'auront de pouvoir sur la politique de l'entreprise et dans les conseils d'administration.
A cela, certains répondront que les plans d'épargne entreprise peuvent remplir déjà ce type de fonction... Nous considérons que l'entreprise doit avoir des obligations à ce sujet et que la rémunération de la grande majorité des salariés ne bénéficie pas de ce type de dispositif. La mise en place d'un cadre légal à l'échelle internationale permettrait là encore d'éviter tout type "de dumping social".
° Enfin, revenons sur cet excellent livre (20 propositions pour réformer le capitalisme), les auteurs proposent "de mettre en œuvre un cadre réglementaire conduisant l'entreprise à ne pouvoir faire croître la rétribution globale de ces actionnaires et mandataires sociaux plus vite que la part de ses profits qu'elle alloue à la rémunération de la performance de son capital humain salarié". Là encore le rôle des Etats est de permettre aux entreprises de retrouver cette efficacité économique sur le long terme en favorisant une juste distribution dans l'évolution du partage des richesses.
Les prochains sommets internationaux(dont les G8 et G20) devront être l'occasion de réfléchir à une réforme fiscale commune permettant aux Etats de reprendre leurs droits dans la construction de modèles économiques que nous souhaitons pour nos enfants, celle d'une distribution plus équitable des revenus. La création d'une gouvernance mondiale sera l'unique moyen de rééquilibrer les rapports de force entre les différents agents (entreprises, ménages, Etats Nations....). Nous reviendrons dessus dans de prochains articles...
Nous vous invitons à prendre la parole et à proposer avec nous des solutions aux problèmes exposés...
A vos claviers .....
Sébastien Duchêne, Thibault Henocque
Sources :
° Patrick Artus, NATIXIS, flash 99 : Une croissance mondiale qui n'est pas «spontanée» depuis près de 15 ans, ce qui révèle un excès d'épargne privée et une mauvaise répartition
des revenus.
° Patrick Artus, Flash 142 : Faiblesse du pouvoir d'achat des salaires : due à la faiblesse de la productivité ou à la déformation du partage des revenus.
° Jean Luc Gaffard, Alternatives économiques Hors série, «Au cœur de la crise : les inégalités»
° Gaël Giraud et Cecile Renouard, "20 propositions pour réformer le capitaisme"°
° Les Echos, Jean-Marc Vittori et article : «l'UMP s'invite dans le débat sur
le partage de la valeur en prônant un rééquilibrage en faveur des salariés»
° INSEE, DATASTREAM