Lundi 22 juin 2009 1 22 /06 /Juin /2009 00:00

  Samedi 20 Juin 2009

JEAN-LOUIS BORLOO ET LE DOSSIER DE L'A 831. "Plutôt contre ..."

En inaugurant les nouveaux locaux de la LPO, il confirme la mission d'expertise

« Plutôt contre... »

«Instinctivement, je suis plutôt contre », a lâché hier Jean-Louis Borloo en petit comité après que le gros des troupes de micros se fut calmé. Il parlait, bien sûr, de l'A 831, ce fameux dossier qui était dans toutes les têtes des parlementaires, à défaut d'être sur leurs lèvres.


Sujet un peu délicat quand on inaugure un lieu consacré à la défense de la nature, le ruban de bitume qui doit relier Rochefort à Fontenay-le-Comte se devait pourtant d'être évoqué publiquement, pour une raison toute simple : c'est justement à la Ligue pour la protection des oiseaux que le ministre a promis de confier la mission d'expertiser l'impact environnemental de l'autoroute.


Et de préciser sa pensée : « Je suis pour la défense de l'unité du Marais poitevin. Je pense donc que l'autoroute pose un problème. Mais on est en démocratie. Il faut donc écouter tous les avis. Nous sommes ici, à Rochefort, dans un lieu où se trouvent les meilleurs experts qui soient sur le plan environnemental. Il est donc logique que je leur confie cette mission de déterminer l'opportunité de l'autoroute. Sans faire de pronostic sur le résultat. »


Nombreuses contradictions


Chaque mot pèse dans cette affaire qui tient en haleine - depuis des mois - les élus du département et les habitants de la plaine d'Aunis et du sud-Vendée. Certains parlementaires avaient d'ailleurs annoncé qu'ils attendaient du ministre une réponse claire aujourd'hui. Ils ne l'ont pas eue.

Jean-Louis Borloo a louvoyé intelligemment entre les attentes des élus du département.


« Je peux parler librement puisque je suis probablement le plus précaire d'entre vous. C'est ça, la vie d'un ministre (1). Aujourd'hui, ici, on a besoin de confiance et de vérité. Nous avons dans les dossiers qui vous concernent de nombreuses contradictions, même si elles sont soutenues de totale bonne foi.

*  Vous me dites tout le bien que vous pensez des transports maritimes mais vous m'exprimez votre rejet du terminal méthanier dans l'estuaire. Moi non plus, je ne suis pas d'accord avec ce projet.

* Les élus veulent le désenclavement, donc le tronçon autoroutier, et je les comprends. C'est leur rôle. Un tronçon qui doit traverser une zone extraordinaire. Et, dans le même temps, on me demande la labellisation du Marais poitevin (qui souffre d'un problème de mitage) en Parc régional. Tout cela est très complexe. Dur de concilier les positions des uns et des autres ».


On l'aura compris. Le ministre savait qu'il était attendu au tournant et avait soigneusement préparé ses réponses pour ne pas s'engager trop dans un sens comme dans un autre.

Quelles informations a-t-il véritablement délivré ?


1. Oui, il missionne la LPO pour expertiser l'autoroute mais sans préjuger des conclusions.

2. Non, il n'a rien contre la labellisation du Marais poitevin mais il considère que la charte élaborée n'est pas satisfaisante parce que le territoire ciblé ressemble trop à « un gruyère ».

3. Non, il ne veut pas, lui non plus, du terminal méthanier au Verdon.

4. Le marais de Brouage ou golfe de Saintonge a été classé en site naturel dans la semaine. Les céréaliers devront aller semer ailleurs.

(1) Un remaniement ministériel est annoncé pour la semaine prochaine.

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Arguments de l'Association "Bien vivre en Aunis" ( avril 2009)
Questions à sa présidente

 
Le ministère de l'environnement annonc(ait) en avril 09) une lettre de mission pour la LPO Ligue de Protection des Oiseaux pour «  faire un diagnostic environnemental du projet et réfléchir aux mesures à prendre pour le rendre encore plus exemplaire » ( réponse de Christian Blanc, secrétaire d’État chargé du développement de la région capitale, à Maxime Bono, député maire de La Rochelle,  le mardi  24 mars à l'Assemblée Nationale )

Question
 : Est-ce que cela signifie que l'étude d'impact du CETE de Nantes a été mal faite, n'est-elle pas suffisante, n'a-t-elle pas établi correctement les pollutions, les destructions et les atteintes aux territoires traversés ?
    Le coût de l'autoroute a été évalué en décembre 2003 à 560 millions d'Euros. Les élus avait donné leur accord sur le projet en 1997 quand sa réalisation ne faisait pas appel à l'argent public.

Questions
 : quel serait le coût actuel de l'autoroute ?Quelle participation de l'État ? quelle participation des
collectivités locales ? Avec quelles clefs de répartitions ?
 =>Le projet doit  raccourcir le trajet autoroutier Nantes / Bordeaux.

 Question 11 minutes  gagnées, le jeu en vaut-il la chandelle ?
  Le Conseil Régional a  refusé de participer au financement  : " si le projet est rentable , il n'a pas besoin d'argent public, si il n'est pas rentable alors il ne faut pas le faire " . Si comme indiqué dans le dossier de présentation, cette infrastructure est faite pour absorber un trafic national, alors le financement doit être national.
      Tous les élus, Dominique Busereau, ministre, les députés, les conseillers généraux, l'ensemble des communes d'Aunis  ont décidé de faire étudier une déviation pour la ville de Marans reconnaissant ainsi que ce rôle ne serait pas rempli par la création de A831.

 Question
 : deux projets pour un même résultat ?
      La mise en place d'une liaison cadencée ferroviaire Rochefort - La Rochelle remporte un grand succès et les élus étudient la poursuite de cette alternative à la route vers Surgères à l'Est  et Marans  au Nord , c'est à dire entre les bassins de vies et les bassins d'emplois.

Question : n'est ce pas exactement ce que le Grenelle de l'environnement préconise, le recours à d'autres modes de déplacement ?    
       Comme toutes les villes,  La Rochelle est " assiégées "de voitures. Sans attendre l'autoroute qui devait désengorger la ville, les élus rochelais ont entrepris la création d'une seconde ceinture routière, créé des parkings de périphérie avec navettes, favorisés les transports publics par une carte d'usager à fonction multiple
       La Charente Maritime comme l'indique son nom à une façade maritime et la mise en service du cabotage, fameuse autoroute de la mer s'inscrit complètement dans ce territoire pour les transports de marchandise et en particulier les vracs.

 Question
 : le développement du transport maritime n'est-il pas en permanence dans les discours de Dominique Bussereau  et dans les recommandations du grenelle de l'environnement ?
       La première industrie de Charente Maritime c'est le tourisme. Celui-ci est déjà prospère, la côte attire déjà trop de monde par rapport aux capacités d'accueil.  
        La politique du conseil général a été d'encourager le tourisme vert, mais celui ci ne peut plus exister à l'ombre d'une autoroute !
        Depuis sa création, en 1997, Vivre Bien en Aunis demande des déviations courtes des villes traversées ( Marans), des liaisons ferroviaires pour diminuer les trafics aller/ retour quotidien du travail à la maison par route, l'exploitation du cabotage pour les marchandises, une politique incitative et subventionnée pour les transports publics.... bref tout ce que les élus ont fait , font  ou sont en train de préparer.
       Les aunisiens paieraient la construction de l'autoroute,  paieraient son déficit annoncé et  en plus s'ils l'utilisaient  devraient  acquitter le péage !
   A la destruction de la  qualité de vie par plusieurs pollutions de ruissellement, auditives, atmosphériques s'ajoute la  divisions de communes et la dévaluation du patrimoine immobilier
       En captant un budget énorme ce projet  rendrait impossible l'entretien et la sécurisation des routes existantes que nous utilisons tous les jours.


 
Les adhérents de l'association ont l' ambition de défendre  leur territoire et  leur conditions de vie. Si le développement durable doit être en fait la destruction durable, ils disent non !

question : où est la cohérence de ce projet avec le grenelle de l'environnement ?

         Le projet traverse ou tangente deux zones natura 2000 , le marais poitevin et le marais de Rochefort. Ces zones reçoivent leurs lots de subventions départementale, régionales, nationales et européennes qui seraient caduques face aux dégâts de la création de cette infrastructure.



 
Pour  ces raisons, nous demandons l'abandon du projet, le déplacement des financements vers des solutions alternatives : entretien, aménagements et sécurisation de l'existant, renforcement de la proposition de transports publics à coût attractif dont la restauration du ferroviaire, la mise en oeuvre effective du transport par mer,.

Nelly Verdier
Présidente de V.B.A.
Tel      +33 (0)5 46 35 60 81
Fax      +33(0)5 46 00 52 18
Portable 06 63 08 86 09 
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AUTOROUTE A 831. Le ministre de l'Écologie confie une mission à la Ligue de protection des oiseaux


Borloo donne du boulot à Bougrain-Dubourg

Pionnier de l'agitation écolo médiatique, Allain Bougrain-Dubourg préside la Ligue de protection des oiseaux (LPO). C'est à ce titre que son ami Jean-Louis Borloo vient de lui confier une mission censée apaiser la polémique qui entoure la construction de la future autoroute A 831, entre Fontenay-le-Comte et Rochefort. Claude Guéant, le secrétaire général de l'Élysée, l'a confirmé cette semaine dans un courrier adressé aux sénateurs et députés des départements concernés.


« Sud Ouest ». Cette mission que vous confie l'État démontre donc que l'on peut donc construire une autoroute 100 % écolo ?

Allain Bougrain-Dubourg. Ce n'est pas du tout le sens de ma réflexion ! J'ai rencontré Jean-Louis Borloo et Bussereau le 28 juillet, et je leur ai rappelé que je n'avais jamais été favorable à cette autoroute. Mais cela ne m'empêchera pas, en concertation avec les associations locales, d'étudier avec ambition les mesures compensatoires.

Le tracé de l'A 831 traverse une zone de marais sensible qui abrite des espèces aussi fragiles que la loutre ou le vison d'Europe, si cette mission nous permet de reconquérir des zones humides, tant mieux.


Le fait qu'un opposant comme vous soit associé à ce chantier lui donne une caution. N'avez-vous pas le sentiment d'être récupéré ?

Certainement pas. Notre rôle n'est pas d'orienter le tracé, simplement d'observer son impact sur la biodiversité et de faire des propositions concrètes. En revanche, il ne me paraîtrait incorrect de ne pas répondre à un appel de l'État sur ce dossier.


Comment alors construire des routes et des autoroutes, sachant que toutes traverseront forcément un espace naturel que les écologistes jugeront exceptionnel ?

Mais il y a des solutions. En Italie, par exemple, ils construisent sur pilotis dans les zones sensibles.

Et encore une fois, si cette mission de la LPO nous permet de récupérer dix fois plus de biotope que l'autoroute en détruira, ce n'est pas mal.


Ressusciter des zones humides, c'est-à-dire aller récupérer les champs de maïs des agriculteurs ?

Pourquoi pas... Je vous rappelle que le Grenelle de l'environnement a dit que 20 000 hectares de zones humides devaient être reconquis.

Mais ce n'est pas à moi d'aller négocier avec les agriculteurs de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles).


Soixante-quatre kilomètres d'autoroute, ce n'est tout de même pas une catastrophe écologique...

Ça peut l'être... L'équivalent d'un département français se transforme en asphalte tous les dix ans au détriment des terres agricoles et naturelles.


Cette mission décidée par votre ami Jean-Louis Borloo, c'est un joli cadeau ?

Un cadeau très empoisonné plutôt ! Il est plus confortable d'être dans l'opposition basique que d'apporter un éclairage loyal à un dossier aussi complexe. Mais j'assume cette responsabilité.


Malgré l'immense engouement suscité par ce Grenelle de l'environnement que vous invoquez sans cesse, beaucoup n'y voient plus aujourd'hui qu'un feu de paille...

C'est faux, le Grenelle est une nouvelle forme de culture qui respire, qui s'anime et bouge chaque jour à travers les comités de suivi. On bosse en permanence.

Mais la mise en oeuvre des orientations n'est pas toujours évidente, il y a des délais. Un exemple : nous souhaitions que les cantines scolaires soient enrichies de bio dans les deux ans.

Mais sauf à faire venir des produits de l'étranger - avec un impact carbone idiot - il faut trois ans pour transformer une terre en bio.


Selon certains, en intégrant les chasseurs de CPNT à la majorité, l'UMP renie le Grenelle et part en guerre contre la biodiversité. Une décision pire que de faire entrer Allègre au gouvernement ?

J'ai signé aujourd'hui avec Arthus-Bertrand et Hubert Reeves un texte dénonçant cette alliance contre nature avec ce parti moribond. Je pense que les tables rondes sur la chasse engagées par Borloo vont faire long-feu. Quand on voit Frédéric Nihous et CPNT cracher sur l'Europe, je me dis que tout l'engagement du Grenelle risque d'être décrédibilisé. J'étais à l'université d'Europe-Écologie, et je peux vous dire qu'ils sont ravis... on leur tend un plateau d'argent.

L'UMP a plus à perdre qu'à gagner en récupérant quelques chasseurs qui seront de toute façon mécontents à terme. Si ces deux partis font vraiment alliance, alors je ne comprends rien à la politique.


Pour en finir avec le chapitre politique, les socialistes invitent ce week-end à La Rochelle tout un aréopage de spécialistes environnementaux. Mais pas vous.

Je suis très souvent intervenu dans le débat politique, notamment pendant les présidentielles. Le PS ne m'a rien demandé, et je ne frappe pas à sa porte. Mais je prends beaucoup de plaisir à travailler avec les régions Poitou-Charentes et Pays de la Loire. Pour le reste, on n'arrête pas de me faire des propositions pour entamer une carrière politique. Mais je me sens mieux dans la vie associative, même si je reste en relation constante avec des gens de droite et de gauche.


Yann Arthus-Bertrand, Bougrain-Dubourg, Nicolas Hulot... la concurrence est de plus en plus fournie entre les agitateurs écolos ?

Avec Yann, nous sommes copains depuis l'âge de 18 ans. Quant à Nicolas, notre amitié s'est solidifiée avec le temps, même si nous avons les uns et les autres parfois quelques divergences.

 


Rappel : Vivre Bien en Aunis ne fait pas parti des associations qui préconisent des mesures compensatoires mais plutot l'arret pure et simple de ce projet inutile et couteux.

Pour info, courrier de Claude Guéant : http://www.jeanlouisleonard.com/article-Claude-GUEANT-apporte-des-precisions-sur-le-dossier-de-lA831-51-608.html

Position de la LPO : http://non-a831.chez-alice.fr/paroles/Observation%20LPO%20NE17%20PCN.pdf

Site internet : http://non-a831.chez-alice.fr/index.htm

Email : non-a831@aliceadsl.fr

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   Un autre article sur ce blog

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Publié le 16/07/2009 - Modifié le 20/07/2009 N°1922 Le Point

ENQUÊTE

 

Le prodigieux magot des autoroutes

Racket. Comment les autoroutes gagnent à tous les coups. Enquête.


Marie-Sandrine Sgherri

Extraits


 

(...) Pour un Paris-Hossegor, il en coûte 52,30 euros. Dieu merci, en présentant sa carte bancaire, le malheureux automobiliste ignore que, s’il avait préféré cet été l’Hérault aux Landes, il aurait fait des économies. Eh oui ! Il n’en coûte « que » 39,80 euros entre Paris et Sète pour à peine 18 kilomètres d’autoroute de différence.

 

Pourquoi ? Trouver la réponse relève du casse-tête. Ceux qui souhaitent s’y retrouver doivent commencer par lire les pages 243 et 244 du rapport 2008 de la Cour des comptes.

Morceau choisi : « Le dispositif tarifaire n’est pas conçu en niveaux mais en variations : en classe 1 [véhicules légers] , la moyenne des évolutions des TKM [tarifs kilométriques moyens] des sections de référence délimitées dans le contrat d’entreprise, pondérée par leur trafic en kilomètres parcourus, doit être égale à la hausse globale annuelle accordée [hausse du tarif kilométrique moyen du réseau]" .

  Vous n’y comprenez rien ? C’est normal ! Cette formule alambiquée et incompréhensible explique pourtant par quel mécanisme la hausse annuelle des tarifs pratiquée par les sociétés propriétaires des concessions d'’autoroutes est encadrée par l'Etat. Mais elle explique aussi... pourquoi cette limite n’est jamais respectée ! « Tout est fait pour dérouter le spécialiste comme le néophyte », soupire le président de la 7e chambre de la Cour des comptes.

 

Et il n’'est pas le seul à le dire... L'’ancien directeur du développement et de la modernisation de la Sanef, parti en 2008 pour la Caisse des dépôts, le confirme : « Fixer les tarifs, c’est un métier. Dans les sociétés d'’autoroutes, des ingénieurs sont payés pour ça. » Leur savoir-faire : multiplier les tarifs en fonction de l’'intensité du trafic. Avec cette logique : sur les tronçons les plus fréquentés, l’'augmentation des tarifs autorisée par l’Etat est allègrement dépassée. Tandis que le tarif des tronçons déserts reste stable. Le jeu : découper les trajets en autant de tronçons que nécessaire pour permettre d’'augmenter les recettes plus vite que les tarifs. Celui qui aurait la patience d’étudier de près les invraisemblables tableaux téléchargeables sur les sites Internet des sociétés concessionnaires constaterait ainsi que le prix des trajets complets augmente beaucoup plus vite que celui des petits trajets. « Au hasard, un Paris-Beaune d’une traite coûte 19,80 euros. Mais si vous vous amusez à sortir et revenir immédiatement sur l’autoroute à Ury puis à Joigny, vous économisez 2,20 euros, soit 12,5 % du trajet » , confie un cadre des Autoroutes Paris-Rhin-Rhône (APRR), aujourd’hui à la retraite. Pas mal. Mais loin du « modèle » Cofiroute, seule société qui ait toujours été privée. Pour cette filiale du géant du BTP Vinci, un Paris-Le Mans d'’une seule traite coûte 20 % de plus que le même trajet tronçonné en trois. Cette pratique a un nom, le « foisonnement » et, quoiqu'’elle paraisse scandaleuse, elle est parfaitement légale.

 

Privatisation surprise


Elle est aussi indolore : pour le riverain de l’'autoroute, usager régulier sur les petits trajets, les prix restent modérés. Du coup, le député et les maires du coin s'’en accommodent.


Le pigeon reste celui qui effectue un aller-retour annuel et ne s’'aperçoit de rien. A la Sanef, on assume : « L’'autorité concédante fixe une règle d’'évolution annuelle des tarifs que doivent acquitter les usagers, mais non les recettes du concessionnaire », écrit la société en réponse à la Cour des comptes en 2008. Une véritable faille, selon Christian Descheemaeker, président de la 7e chambre de la cour et auteur du rapport. Une aubaine pour l’'ancien cadre de la Sanef : « Quand l’Etat autorise 2 % de hausse des tarifs, le chiffre d’'affaires de la société augmente du double. »


Pourquoi se scandaliser ? Cette pratique ne date pas de la privatisation, rappelle-t-il. Elle a été inventée par l’'actionnaire majoritaire d’hier : l’Etat lui-même ! Les fonctionnaires de la Direction des routes, service public chevillé à l’âme, avaient la satisfaction de savoir que ces recettes allaient alimenter le budget de l’'Equipement et servir à construire des kilomètres de bitume. C’est bien pour cela que Gilles de Robien, ministre des Transports entre 2002 et 2005, s’est opposé tant qu’'il l’'a pu à la privatisation.


Las ! En 2006, à la surprise générale, et au grand dam des hommes de l’'Equipement, Dominique de Villepin décide de vendre les parts de l’Etat. Les concessions passent intégralement au privé au moment même où la plus grande part du réseau est amortie et où les bénéfices commencent à entrer dans les caisses. A l’'époque, François Bayrou crie au scandale et portera l’'affaire jusqu’au Conseil d’Etat. En vain : l'’opération rapporte 14,8 milliards à l’Etat, qui a préféré une grosse entrée d’'argent immédiate plutôt que des gains futurs et réguliers.

Pourquoi pas ? estiment certains spécialistes. Mais encore faut-il être sûr d’'avoir vendu au bon prix. Le doute est permis lorsqu’'on sait que Vinci a pu acquérir Autoroutes du sud de la France (ASF), dont il détenait déjà 23 %, sans autre enchérisseur.


Surtout, pour la Cour des comptes, l’'Etat aurait dû, préalablement à la vente au privé, remettre à plat les règles de tarification. En livrant à des actionnaires privés un tel maquis réglementaire, il a confié au loup la garde de la bergerie. Pour l’'ancien d’'APRR, les recettes se sont envolées après la privatisation : « Avant 2006, pour 2 % de hausse autorisée, nous parvenions à un bonus de 0,5 %. On est passé à 1 %. »

Entre-temps pourtant, la Cour des comptes avait rendu public son brûlot, et l’'Etat, dans sa réponse, expliquait vouloir mettre fin aux abus et s’'engageait à récupérer le trop-perçu auprès des sociétés nouvellement privatisées. « Le rattrapage devait s’étaler sur deux ans, se souvient notre témoin. En 2007, APRR a joué le jeu. Mais, en 2008, la Direction des routes avait disparu, noyée dans une Direction générale des infrastructures des transports et de la mer au sein duministère du Développement durable. L'ancien directeur a été promu et la nouvelle équipe a "oublié" de réclamer son dû ! »


Cette réorganisation du ministère semble avoir été une excellente nouvelle pour les sociétés concessionnaires. « Nous n’'avons plus d’'nterlocuteur », confirme Laurent Hecquet, délégué général de l'’association 40 Millions d’automobilistes, qui tente de faire valoir le point de vue des usagers. A la nouvelle Direction des infrastructures, Marc Papinutti affirme que tous les problèmes soulevés par le rapport de la Cour des comptes sont en passe d'être réglés. « Nous avons vérifié les augmentations trajet par trajet : c’est la fin du foisonnement. »


Monopole de fait


Pourtant, les économistes spécialistes des transports sont unanimes : le ministère a bien du mal à faire valoir les intérêts du service public auprès des sociétés privées. On murmure même que les compétences ont fui les services. Beaucoup des anciens ingénieurs des Ponts qui ont fait leur carrière au ministère des Transports ont rejoint les états-majors des sociétés concessionnaires  . Preuve que l’esprit du service public perdure ? Ou qu'au contraire la connivence est de règle, au profit non de l’aménagement du territoire, mais des dividendes des actionnaires ?

Lors de la privatisation, l'’Etat semble bien avoir oublié l’'usager. Or celui-ci se trouve face à un monopole de fait.


°Théoriquement, l’'automobiliste peut toujours prendre la nationale, à ses risques et périls. Les camions, notamment, ne s'’en privent pas, mais plus pour longtemps, Europe oblige. En effet, après avoir limité les ristournes que les sociétés d’'autoroutes pouvaient concéder aux transporteurs, les règlements européens s'’apprêtent à obliger la France à taxer les poids lourds quelle que soit la route qu’ils empruntent. La taxe poids lourds est écologiquement correcte. Elle est aussi un fantastique cadeau aux sociétés concessionnaires : s'’il n’y a plus rien à gagner sur la nationale, les clients qui leur échappaient encore vont revenir en masse sur l'’autoroute. En 2008 déjà, entre la baisse des ristournes et l’'augmentation des péages, le coût global de '’autoroute a augmenté de plus de 25 % pour les professionnels, estimait la Fédération des entreprises de transport et logistique. Sans que jamais, bien sûr, il soit question d’une quelconque baisse du tarif pour les voitures ! (...)"

 

 

 


 

                                        
Par Henri Moulinier - Publié dans : Autoroute A 831 - Communauté : Nouvelle force à gauche ?
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  • henri Moulinier
  • Henri MOULINIER
  • Homme
  • 18/01/1948
  • France Europe Monde Charente-maritime la rochelle
  • europe politique écologie liberté économie
  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Acteur du Front de gauche. Ancien professeur de lycée en S.E.S. Chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Doctorant en histoire. Président LDH La Rochelle.

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