Vendredi 13 mars 2009 5 13 /03 /Mars /2009 19:58

Agée de neuf ansune fillette brésilienne a avorté après avoir été abusée par son beau-père. Elle était enceinte de jumeaux.  L'Evêque de Recife a excommunié sa mère et toute l'équipe médicale qui a pratiqué l'avortement.


Le Vatican cautionne l'excommunication de la mère de cette fillette violée


Le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la congrégation pour les évêques au Vatican a justifié l'excommunication de la mère de cette fillette brésilienne de 9 ans.  Les jumeaux qu'elle portait «avaient le droit de vivre», a estimé le Cardinal dans un entretien à La Stampa.

La grossesse de la fillette comportait pourtant de hauts risques et mettait la vie de l'enfant en danger.
L'interruption volontaire de grossesse est, certes, toujours interdite au Brésil, sauf en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère, ce qui était le cas.

 

«C'est un triste cas, mais le vrai problème est que les jumeaux conçus étaient deux personnes innocentes, qui avaient le droit de vivre et qui ne pouvaient pas être supprimées», a déclaré Mgr Re. «Il faut toujours protéger la vie, l'attaque contre l'Eglise brésilienne est injustifiée.» a-t-il précisé.

Mgr Ré n'est pas n'importe qui : outre sa fonction de  préfet de la congrégation pour les évêques au Vatican, il est également président de la Commission pontificale pour l'Amérique latine. Il parle donc très officiellement au nom de Benoit XVI

Décidemmment, le Vatican couvre les déclarations les plus rétrogrades!

Il y a eu, récemment, de la levée de l'excommunication d'un évêque négationniste, Mgr Williamson - qui ne veut pas croire à l'Holocauste. Le Pape a eu des regrets,  bien  tardifs, devant les protestations nombreuses.

Aujourd'hui, Benoit XVI laisse parler un Cardinal de son cercle rapproché, pour qui  l'avortement constitue «toujours la suppression d'une vie innocente» a, en effet,  commenté le préfet de la congrégation pour les évêques, notamment compétent pour élire des évêques. 

Ainsi, aujourd'hui, pour l'évêque de Recife, comme pour cet Archevêque du Vatican,  le viol serait moins grave que l'avortement de cette fillette de 9 ans.

Décidement, le Vatican couvre  les déclarations  les plus rétrogrades.

 - Cela, et j'en suis heureux,  provoque un tollé légitime parmi les évêques,  les catholiques de France.

 - Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a, lui aussi,  vivement critiqué l'excommunication, «déplorant profondément en tant que chrétien et catholique qu'un évêque de l'Eglise catholique ait un comportement aussi conservateur».

 
Sous l'égide de Benoit XVI, le Vatican prend un tour que je ne suis pas le seul a  juger profondément réactionnaire, dénué d'humanisme élémentaire, dogmatique.

Une telle attitude m'interpelle, moi qui produit des émissions sur le thème "Tous citoyens" sur RCF, radio chrétienne de Charente-Maritime, radio qui diffuse aussi les informations venues du Vatican.

En aucun cas, je ne peux cautionner de tels propos indignes.

Je suis attaché à des valeurs progressistes, à l'émancipation féminine, au droit à l'avortement, à la lutte contre le viol - un crime, encore plus dramatique sur une mineure de 9 ans - et tout ce qui met en cause la dignité des femmes.


Je suis aussi très attaché à la laïcité, qui exprime le respect de la liberté de pensée, religieuse et non -religieuse, la tolérance ( en même temps que la séparation des Eglises et de l'Etat - loi de 1905).

Cela se traduit pour moi par le respect des idées religieuses, quand elles sont porteuses d'un humanisme profond. Cela explique mon acceptation de travailler, en pleine liberté et avec beaucoup de fraternité,  à RCF, mais pas jusqu'à me taire devant de tels propos  du Vatican.

 

Nb: j'ai cette année 2009/10 cessé ma collaboration avec RCF, radio de l'Evéché et relai de Radio Vatican                ++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

Jean-Michel di FALCO LEANDRI  -   Evêque de GAP et d’EMBRUN

« Les évêques ne doivent pas se comporter comme des bourreaux mais comme des pasteurs »

(Concile de Trente)

 

 Je n’ai pas voulu réagir sous le coup de l’émotion et de la colère. Mais devant l’émoi suscité par les événements qui se sont produits récemment au Brésil je souhaite faire partager mes réflexions aux fidèles et aux hommes et femmes de bonne volonté de mon diocèse.

 

Nombreuses sont les questions qui nous parviennent :

  Pourquoi privilégier la lettre de la loi à l’esprit ?

 Où est le message d’amour du Christ ?

 Qu’aurait-il fait, Lui, en pareil cas ? Aurait-il condamné ?

 Qui sommes-nous pour condamner sans jugement et sans nuance ?

 Pourquoi cette publicité ?

 Pourquoi cette absence de compassion, de recul, de réflexion ?

  Pourquoi était-ce si urgent de statuer ?

 

Je ne prétends pas répondre à toutes ces questions. En revanche, puisque les intervenants ont jugé bon de justifier l’excommunication en se plaçant sur le terrain du droit canonique, je me situerai donc moi également sur ce terrain en allant jusqu’au terme de l’ensemble des articles concernant les excommunications.

 

Les faits ?

Une fillette de neuf ans, abusée par son beau-père depuis l’âge de six ans, se trouve enceinte de jumeaux. La grossesse de la fillette est découverte à l’hôpital où sa mère l’a conduite suite à des douleurs au ventre.

L’équipe médicale décide de la faire avorter, une grossesse à son âge comportant de trop gros risques pour être menée à son terme et mettant sa vie en danger. La loi brésilienne interdit l’interruption volontaire de grossesse, sauf en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. Le 5 mars,
l’archevêque de Recife confirme l’excommunication « latae sententiae » (c’est-à-dire « automatique »)  de la mère de la fillette ainsi que de l’équipe médicale.

 

Que dit le droit canonique, le Code de l’Eglise ? cid:image001.gif19ED50

Pour certains faits qui ne sont pas toujours publics, le Code de droit canonique a prévu une excommunication automatique. L’avortement entre dans ce cadre : « Qui procure un avortement, si l’effet s’ensuit, encourt l’excommunication latae sententiae » (article 1398).

Cependant, le Code de droit canon indique à l’article 1324 - § 1 que la peine prévue par la loi doit être tempérée pour qui a agi forcé par une crainte grave, même si elle ne l’est que relativement, ou bien poussé par le besoin ou pour éviter un grave inconvénient, si le délit est intrinsèquement mauvais ou s’il porte préjudice aux âmes.

Et le § 3 d’affirmer clairement que dans les circonstances dont il s’agit au § 1, « le coupable n’est pas frappé par une peine latae sententiae » !

Je ne suis pas spécialiste du droit canon, mais je m’appuie sur les remarques d’un canoniste. Il est probable, dit cet expert, que ce cas douloureux ne tombe pas sous le coup de la sanction automatique d’excommunication prévue par l’article 1398.


 On peut se demander si l’archevêque de Recife a suffisamment pris en considération les circonstances qui atténuent la gravité de l’acte et qui dispensent donc de l’application de la peine. Son « zèle » répond à une volonté de rappeler le principe que toute vie est sacrée. Mais en négligeant les circonstances et en s’empressant de « punir » il a pris le risque de donner une leçon, dans une logique de répression à laquelle répugne le droit pénal de l’Église, droit foncièrement tendu vers une réconciliation des personnes incriminées.

Nul doute que la maman de cette petite fille se trouve doublement accablée par le tragique de la situation familiale qu’elle subit depuis longtemps et par l’opprobre liée à la publicité faite autour de l’excommunication.


 Le Concile de Trente (Session. XIII, article 1) rappelait que les évêques ne devaient pas se comporter comme des bourreaux, mais comme des pasteurs.

C’est-à-dire comme des pères aimants au cœur empli de compassion tout particulièrement pour ceux qui sont éprouvés (Article 2214 § 2 du Code de droit canonique de 1917).

 L’éthique déplore l’étalage éhonté de drames personnels, en raison d’une exploitation mercantile et créatrice de scandale. Dans des cas aussi douloureux, l’amour, l’écoute, le dialogue personnalisé et la discrétion respectueuse sont seuls de mise.

 Jésus nous dit que le Christ n’est pas venu pour condamner le monde mais le sauver (cf. Jean 12, 47). Et Saint Jean, tout en exhortant les fidèles à ne pas faire le mal, leur rappelle aussi que s’ils le commettent, le Christ a donné sa vie pour ouvrir le chemin de l’amour, du pardon, de la miséricorde et de la réconciliation.


 Gap le 13 mars 2009

 + Jean-Michel di FALCO LEANDRI     Evêque de GAP et d’EMBRUN

Par henri Moulinier - Publié dans : Laïcité - Communauté : France Laïque &Multi-ethnique;
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  • henri Moulinier
  • Henri MOULINIER
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  • 18/01/1948
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  • Adjoint au maire honoraire de La Rochelle. Acteur du Front de gauche. Ancien professeur de lycée en S.E.S. Chargé de cours d'éco Université de La Rochelle. Doctorant en histoire. Président LDH La Rochelle.

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