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Exceptionnelle mobilisation pour la reconnaissance de l'enseignement de Sciences Economiques et Sociales
Plus de 1500 enseignants de S.E.S. venus de toute la France (soit près d'un enseignant de S.E.S. sur trois !) se sont retrouvés à Paris ce mercredi 3 décembre pour participer à une manifestation nationale suivie d'un meeting pour exprimer leur désaccord avec une réforme du lycée qui, dans son état actuel, marginalise l'enseignement de S.E.S. Cette mobilisation a reçu le soutien, entre autres, de plusieurs syndicats (CGT Educ'action, SGEN, SNALC, SNES, SNFOLC, Sud Education, UNSA), d'organisations lycéennes et étudiantes mais aussi de nombreux universitaires et chercheurs (dont Pierre Rosanvallon, Professeur au Collège de France).
Les participants à cette journée d'action ont voulu rappeler leur attachement à l'enseignement de S.E.S. et réitérer la demande d'intégration des S.E.S. aux enseignements obligatoires en classe de seconde. Le Ministre Xavier Darcos doit entendre la demande sociale d'une meilleure compréhension des questions économiques et sociales. La réforme du lycée doit être l'occasion d'enrichir la formation générale des lycéens du 21e siècle en y intégrant la culture économique et sociale. Les annonces d'une éventuelle introduction dans les enseignements généraux d'une « Initiation à l'Économie » ne répondent pas à cette demande. Pourquoi l'accès au tronc commun devrait-il conduire à appauvrir un enseignement qui réussit depuis plus de 40 ans à faire découvrir et aimer les Sciences Sociales et parmi elles l'Économie et la Sociologie aux lycéens ? L'APSES n'acceptera pas que la réforme du lycée constitue l'occasion de détourner la demande exprimée notamment par les lycéens et plus globalement par l'ensemble de la société.
Aussi, l'APSES ne peut que s'interroger sur le sens de cette proposition. S'agirait-il d'évacuer les Sciences Sociales autres que l'Économie de la formation des lycéens ? C'est bien une formation économique et sociale permettant de mieux se repérer dans la société qui est demandée et pas autre chose ! Les annonces en provenance du Ministère demandent à être clarifiées de toute urgence. Aussi, l'APSES réitère sa demande d'entrevue dans les meilleurs délais avec Xavier Darcos. Après plusieurs mois, d'attaques répétées contre les S.E.S., il serait temps qu'un véritable dialogue constructif s'engage enfin avec le Ministre. La balle est désormais dans son camp.
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Marjorie GALY, Co-secrétaire générale de l'APSES
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La réforme du lycée présentée par le ministre Xavier Darcos et confiée à Jean-Paul de Gaudemar, remet en question des principes essentiels concernant l’enseignement des Sciences Economiques et Sociales notamment.
En voulant appliquer sa réforme en seconde dès septembre 2009, le Ministre indique qu’il ne souhaite pas prendre le temps d’une réelle concertation et d’une réflexion approfondie. Il est inacceptable qu’une réforme d’une telle ampleur, qui va engager l’Education nationale pour plusieurs décennies, soit conduite en si peu de temps.
Un lobby financé par de grandes entreprises, l’Institut de l’Entreprise, s’est autorisé à transmettre au Ministre un nouveau programme de SES pour la seconde, sans que ce dernier n’émette la
moindre protestation. Qu'aurait-il dit si les représentants syndicaux avaient proposé de nouveaux programmes de SES, ou si ceux d’une confession religieuse étaient intervenus pour modifier les
programmes de science ou d’histoire ?
Qui sera chargé de rénover les programmes? Des groupes d’experts composés d’universitaires et d’enseignants du secondaire ou un pilotage direct par le Ministère recueillant les avis de quelques «
visiteurs du soir » ?
Le projet de réforme prévoit un parcours à dominante « Sciences de la société » en première et en terminale où les élèves auraient à choisir sur l’ensemble du cycle 16 modules semestriels de spécialisation, dont 9 à choisir parmi les modules de cette dominante (économie, sociologie, droit, gestion etc.). Cette modularisation risque de déboucher sur une juxtaposition de fragments d'économie et de sociologie . Il s’agira alors d’une disparition pure et simple des SES au lycée : plus de possibilité de croiser les démarches économiques et sociologiques et une probable relégation de la sociologie. Pourquoi dénaturer ainsi les SES, un enseignement qui s’attache à la fois à présenter et à croiser de manière féconde les regards économiques et sociologiques ? Comment préserver des parcours cohérents de formation ?
Certains rapports sur les SES demandent à ce que l’acquisition d’une « boite à outils » de « fondamentaux » soit l’objectif principal de l’enseignement de SES. Le succès de l’actuel enseignement des SES montre que l’intérêt et la motivation des élèves partent de l’étude des questions économiques et sociales contemporaines pour mobiliser les analyses des économistes et des sociologues. Imagine-t-on un lycée où les élèves ne pourraient plus se saisir rigoureusement de questions comme la monnaie et le financement de l’économie, la mondialisation, la mobilité sociale, le développement durable, l’Europe … alors que ces mêmes élèves seront amenés à participer au débat démocratique et à se prononcer par leur vote ?
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Signer la pétition - Voir les signataires
Les lycéens hors du monde?
Tribune parue dans Libération le 1er décembre 2008
par Sylvain David, président de l'association des professeurs de SES (APSES) - Yves Déloye,
professeur de science politique à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne - Bernard Lahire,
professeur de sociologie à l’ENS-LSH - Philippe Meirieu, professeur en sciences de l’éducation à
l’université LUMIERE-Lyon 2 - Thomas Piketty, directeur d'études à l'EHESS et professeur à
l'Ecole d'économie de Paris
La réforme annoncée par Xavier Darcos aurait pu constituer une réelle opportunité pour améliorer
le fonctionnement du lycée, remédier à ses carences actuelles et renouveler le défi d'une
démocratisation en panne depuis plus de dix ans.
Mais rénover le lycée pour lui donner une nouvelle dynamique suppose de se donner le temps de la
réflexion et le temps de la concertation. Malheureusement, le projet de réforme que le Ministère
souhaite mettre en oeuvre coûte que coûte ne répond à aucune de ces deux exigences.
La précipitation dans laquelle se déroule actuellement sa mise en oeuvre (entrée en application de la
nouvelle organisation des enseignements en classe de seconde dès la rentrée 2009 alors même que
le contenu du cycle première-terminale n'est pas défini, rénovation des programmes d'enseignement
en moins d'un mois...) ne permet pas d'aborder réellement des questions qui sont centrales: quelle
formation doit être dispensée dans le lycée du 21e siècle? Quels objectifs lui assigne-t-on et quelles
méthodes d'apprentissages souhaite-t-on favoriser?
C'est dans ce contexte qu'il convient de s'intéresser à la place et aux finalités de l'enseignement deSciences Economiques et
Sociales (SES) au sein de la réforme proposée par Xavier Darcos.
Il apparaît ainsi clairement que cet enseignement paie un lourd tribu à cette réforme.
Alors même que la crise financière actuelle montre avec une rare acuité la nécessité de doter
l'ensemble des citoyens des moyens de comprendre les questions économiques, sociales et
politiques contemporaines, le Ministre présente une réforme qui va marginaliser un enseignement
dont un des objectifs consiste justement à permettre aux élèves de mieux comprendre la société
dans laquelle ils vivent en mobilisant pour cela les connaissances et les méthodes des différentes
sciences sociales comme l'économie, la sociologie, la science politique afin d'étudier des thèmes
comme l'entreprise, le financement de l'économie, le changement social, l'emploi, les pratiques
culturelles, la consommation, le rôle de l'Etat, la mondialisation, l'Europe, la protection sociale ou
encore le fonctionnement du marché pour ne citer que quelques exemples.
Le décalage entre la demande sociale et les exigences citoyennes, d’une part, et le contenu de la
réforme proposée, d’autre part, est saisissant.
Si elle devait rester en l'état, un lycéen pourrait quitter l'enseignement de second degré sans avoir
jamais reçu la moindre formation en sciences sociales.
Par ailleurs, un des objectifs affichés par le Ministre est d'améliorer le processus d'orientation des
élèves au cours de la classe de seconde. C'est un objectif légitime. Mais comment peut-on parler
d'orientation «éclairée » quand un enseignement central d'un des parcours de formation du cycle
terminal comme le sont les SES ne fait pas partie des enseignements communs proposés en classe
de seconde (et, rappelons-le, est absent du collège). Il y a là encore une contradiction entre les
objectifs affichés et le contenu de la réforme proposée.
Enfin, le Ministre souhaite favoriser la poursuite d'études supérieures chez les lycéens. Pour cela,
Xavier Darcos met en avant la nécessité de développer leur autonomie, leur capacité de réflexion et
d'analyse. Mais c'est justement un des apports de l'enseignement de SES que de développer ces
qualités chez les élèves.
A travers les thèmes étudiés, les démarches pédagogiques employées, les
connaissances et les méthodes mobilisées, il s'agit bien de permettre aux élèves d'acquérir à la fois
une démarche intellectuelle rigoureuse et les capacités nécessaires à la construction d'une réflexion
autonome. Un tel enseignement vise bien à leur donner les moyens de dépasser le discours des
acteurs pour leur permettre d'approcher une connaissance rationnelle des phénomènes économiques
et sociaux. Cela suppose la mise en oeuvre de méthodes pédagogiques adaptées où les élèves sont
mis en situation d’effectuer un travail documentaire exigeant, de travailler par petits groupes, de
rédiger des textes argumentés pour construire des connaissances rigoureuses. Ainsi les SES
permettent-elles d’accéder à plus de rigueur tout en développant la curiosité, d’acquérir des savoirs
conceptuels et un esprit critique tout en développant l’ouverture sur le monde. Les SES ont donc
toute leur place dans le lycée du 21e siècle.
Derrière les choix qui sont faits en matière éducative, ce sont des choix de société qui sont opérés.
Estime-t-on nécessaire aujourd’hui de doter tous les lycéens d'une formation économique et sociale
leur permettant de mieux se repérer au sein de la société et mieux appréhender les enjeux qui la
traversent ?
Une réponse positive à cette interrogation semblera évidente à la majeure partie de la population.
Pourtant, dans son état actuel, la réforme du lycée proposée par Xavier Darcos aboutira à court
terme à la disparition des sciences sociales de la formation des lycéens et à la liquidation d'un
enseignement qui peut se prévaloir d'un réel succès auprès des élèves qui l'ont suivi, comme a pu le
mettre en évidence l'enquête menée par Roger Establet dans son ouvrage « Radiographie du peuple
lycéen ».
Si la réforme du lycée doit être l'occasion d'améliorer son fonctionnement en remédiant aux
dysfonctionnements constatés, elle doit aussi s'appuyer sur les réussites qui le caractérisent.
Assurément, l'enseignement de SES en fait partie et s'il peut sans doute être amélioré, il ne saurait
être question de le faire disparaître.
Pour toutes ces raisons nous vous demandons solennellement, Monsieur le Ministre, de donnertoute sa place à l'enseignement de SES
en classe de seconde et de l'intégrer aux enseignementsobligatoires.
C'est aussi le sens de la journée de mobilisation pour la défense des SES prévue ce mercredi 3
décembre à Paris.
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Le ministère de l'Education
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