Jeudi 16 octobre 2008
Alain Le Roux
Le Pourcaud
56800AUGAN

Aux membres du conseil départemental
du PCF du Morbihan
Augan, le 9 octobre 2008

J'ai pris le décision de quitter le Parti communiste français. Cette décision s'est
imposée à moi comme une évidence. L'écart entre ce que je pense, ce que j'ai envie
de faire et l'évolution actuelle du parti est désormais tel que je n'ai d'autre choix que
de m'en aller.

 Pour autant, je ne me suis jamais autant senti profondément communiste: là est
peut-être la clef du problème
.


Des incidents récents ont agi comme un déclencheur de mon départ. Lors du
dernier conseil départemental auquel j'ai assisté le 7 octobre dernier, j'ai pu constater
l'énorme décalage entre les discours qui s'y sont tenus et les actes. D'un côté une
volonté affichée d'ouverture vers les autres, mais au final une fermeture à toute
intervention qui ne serait pas strictement contrôlée par la direction départementale. A
ma demande, au nom des communistes unitaires, d'organiser des débats dans le cadre
de la Fête de l'Humanité Bretagne, il m'a été répondu que le parti ne pouvait
fonctionner de cette façon; qu'il ne devait pas étaler au grand jour ses débats internes.
Il m'est alors apparu de façon évidente que la direction ne voulait pas perdre la main
sur l'organisation de nos débats, dont l'un concerne la recomposition de la Gauche.


Mais la divergence est plus profonde et remonte bien plus loin.

      Lorsque j'ai adhéré au PCF en 1998, je pensais y trouver un lieu de réflexion, de
formation et surtout un outil d'action. Le parti, à cette époque, était déjà en crise
profonde et ne cessait de voir son influence baisser. J'y voyais l'opportunité de
contribuer à en faire une structure nouvelle, plus efficace et plus inventive, en rupture
avec ce passé qui l'avait justement plongée dans le déclin. J'ai été très déçu.

        J'ai pu certes m'exprimer librement, d'abord dans le cadre de ma cellule, avant
qu'elle ne disparaisse définitivement; ensuite au conseil départemental où je siège
depuis 2000. M'exprimer, cela veut dire que l'on m'a toujours peu ou prou écouté.
Mais m'a t on entendu? J'ai compris – tardivement je l'avoue – qu'au parti on peut
exprimer ses idées, mais rarement en débattre: et que si des débats ont parfois lieu, ils
ne débouchent presque jamais sur des évolutions concrètes.


      Venant du mouvement associatif (réseaux contre l'extrême droite), j'avais espéré
trouver au PC une structure me permettant de poursuivre, avec plus de résonance, un
travail d'éducation populaire qui me semble être une mission fondamentale pour un
parti révolutionnaire.

      Si j'excepte la période de la campagne référendaire de 2005 , où d'ailleurs nous n'étions pas seuls, loin de là, je ne puis que constater que le parti a totalement renoncé à cette ambition.

J'ai été aussi profonément décu par son fonctionnement, ses stuctures trop lourdes, ...

      ..ne laissant que peu de place aux initiatives et à l'imagination, les
étouffant parfois. Par un certain conservatisme dans ses méthodes, dans son
expression, son vocabulaire, et surtout dans sa propension à se voir comme le
détenteur de la vérité, bref par son manque de volonté d'ouverture aux autres
sensibilités.


       J'aurai donc passé dix années dans ce parti. J'y ai tissé des liens , vécu des moments
forts, rencontré des gens intéressants, souvent attachants
. Mais maintenant je ne m'y
sens plus utile.

     Je suis aussi inquiet des évolutions à venir: le prochain congrès me
semble joué d'avance et la platitude et le manque d'ambition du texte préparatoire ne
sont pas pour me rassurer. Je redoute que le parti ne se referme définitivement sur
lui-même, ne survivant que comme une petite structure, témoin d'un passé révolu.

Ou encore qu'il ne soit plus qu'un satellite d'un PS définitivement ancré dans le
social-libéralisme.

      A mon sens le salut du parti est ailleurs, ...

      ...dans une construction politique avec toutes les autres forces qui veulent en finir avec le capitalisme. Je suis
persuadé que notre avenir à nous, communistes, se construira au sein d'une force
politique nouvelle, à l'image – et non à l'imitation – de ce qu'ont fait nos camarades
de Die Linke en Allemagne.


           Voilà en quoi je crois, voilà ce que je veux continuer à bâtir, pour le moment avec
mes camarades des Communistes unitaires , certainement plus tard dans une
structure nouvelle avec, je l'espère, beaucoup de mes camarades du parti communiste
français.

Fraternellement, Alain Le Roux.
par henri Moulinier publié dans : Pcf: quel avenir? communauté : Unissons nous à gauche...
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