Mercredi 17 septembre 2008

  Sous ce titre, Bernard Guetta, membre du Conseil de surveillance du quotidien "Libération", publie l'article ci-dessous en date du 17/9/08. Je le mets intégralement en ligne, car il interpelle notre réflexion économique et politique.

  - Il met l'accent sur l'échec du dogme libéral du "plus de marché, moins d'Etat, moins d'impôts, moins de réglementation", ce dogme qui a conduit, depuis les années 80, à partir des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, mais aussi et déjà du Chili après le coup d'Etat de Pinochet ( Dictature politique et ultralibéralisme économique), à la mise en place de politiques néolibérales partout (ou presque) dans le monde.

        Ce qu'il ne dit pas, c'est que ces politiques néolibérales ont conduit à une globalisation financière, à la libre-circulation des capitaux, dans et hors de l'Europe et dans le monde entier, à la pression sur les salaires pour augmenter la part des profits dans la valeur ajoutée et à la crise actuelle de ce qu'il faut bien appeler un capitalisme financier et mondialisé.

 - Il appelle de ses voeux, en conclusion, un retour "à la social-démocratie, à l'europe et à son modèle de concertation sociale" et d'ajouter "mais encore faudrait-il qu'elles soient à la hauteur de ce défi, qu'elles sachent défendre et renouveler leurs valeurs". D'accord pour mesurer le niveau, la "hauteur" du défi, face à ce qu'il appelle, à juste titre, une crise "systémique".

Mais à quelle doit être cette hauteur nécessaire des politiques alternatives à mener? Là est le débat.

     Faut-il se contenter de mesures de régulation étatiques (ce que suggèrer son titre: "le retour de l'Etat" ou la référence au New Deal de Roosevelt (Franklin), c'est à dire des politiques de type keynésien?   ( Lire plus bas: le plan de Bush: 700 milliards de dollars pour sauver le système financier)

     Ou bien faut-il instaurer des ruptures systémiques, de véritables politiques alternatives, pour faire reculer cette crise "systémique", celle de ce capitalisme financier, restaurer la place des salaires ( et des salariés face aux actionnaires) dans la valeur ajoutée au détriment des profit qui, pour beaucoup, ont servi à la spéculation ...financière; rendre toute leur place aux services publics au lieu de les privatiser ( comme cela menace la Poste), taxer le vrai "capital", celui des grandes sociétés, ou encore prendre des dispositions - au niveau de l'Union Européenne - pour harmoniser par le haut les législations sociales, mais aussi fiscales, pour combattre les délocalisations, le dumping social, ...

    Car l'Union Européenne actuelle ne me semble pas être "un modèle de concertation sociale", comme l'affirme Bernard Guetta, mais bien une construction elle aussi guidée par la préférence à la fameuse "main invisible", celle des "marchés" ( le "grand marché unique, la libre-circulation des capitaux dans et hors de son territoire,réduction des droits de douane extérieurs à des taux dérisoires ..., tout ce qui à nouveau inscrit dans le Traité de Lisbonne, rejeté par le Non irlandais). N'est-ce pas en définive cela le modèle européen actuel "d'économie sociale de marché", qui semble bien être la référence de Bernard Guetta?

° Ci-dessous: l'article de Bernard Guetta

° A lire: le commentaire pertinent d'A.R. Frouville "Faillites financières"

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Sous les décombres de Wall Street, le retour de l¹ Etat
Par Bernard Guetta
QUOTIDIEN : mercredi 17 septembre 2008

L¹idole vacille jusqu¹en son temple.

«Le marché», disaient ses thuriféraires. «Le marché, vous dis-je»,
allaient-ils répétant depuis trois décennies, brisant les réglementations
et diabolisant l¹ Etat, et que se passe-t-il maintenant ? Après avoir
mobilisé l¹ argent du contribuable pour sauver une banque et deux géants
du refinancement hypothécaire, les pouvoirs publics américains, pris de
vertige, essoufflés par l¹ ampleur de la catastrophe, ont laissé
la quatrième banque d¹investissements des Etats-Unis aller à sa faillite.

La différence avec 1929 est que les banquiers ne se défenestrent plus.
Stock-options et salaires obscènes, ils se sont trop enrichis pour avoir
le moindre doute sur leur excellence
, mais la crise qui ébranle
Wall Street et secoue, l¹ une après l¹ autre, les places boursières,
européennes, russe, asiatiques, est évidemment systémique. Elle coûtera
cher, très cher, si cher qu¹une époque s¹ achève, celle où la plus timide
interrogation sur la «main invisible du marché», sur cet infaillible
régulateur censé résoudre tous les problèmes et conduire l¹humanité vers
le plus radieux des avenirs, vous faisait passer pour un «archaïque»,
rebelle à la vraie foi.

Seul recours dans cette débâcle qui touchera les cinq continents, l¹ Etat
va revenir en force.
Au début de l¹ été déjà, alors que le ciel libéral
ne faisait encore que s¹assombrir, John Mc Cain, le candidat des
républicains, pas précisément un social-démocrate, l¹ homme pour lequel
le seuil de la richesse est à cinq millions de dollars, choisissait de
se réclamer de Roosevelt - non pas, certes, de Franklin Roosevelt,
le père du New Deal, mais de Théodore. L¹espoir de la droite américaine
voudrait aujourd¹hui, dit-il, s¹inspirer d¹ un président qui avait
utilisé la Maison Blanche pour lutter contre la toute-puissance de
l¹ argent, s¹attaquer aux monopoles, défendre les consommateurs, investir
dans le long terme en lançant des grands travaux et réglementer l¹économie.

John Mc Cain n¹ est pas élu. Il n¹ est pas souhaitable qu¹il le soit, mais
le seul fait que lui soit venue cette intelligence de la situation est
un signe. Il fut un temps où tout portait le monde vers la
libéralisation de l¹économie
. L¹ impasse à laquelle étaient parvenues les
économies chinoise et soviétique, l¹ échec des socialismes dans les pays
décolonisés et la révolte, surtout, des classes moyennes occidentales
contre le poids de l¹impôt, tout avait amené, à compter des années 1970
et 1980, à vouloir affranchir le marché de tout contrôle étatique,
réduire la pression fiscale et faire reculer l¹Etat.

C¹ est dans ces années-là que Margaret Thatcher et Ronald Reagan avaient
impulsé la «révolution conservatrice» en surfant sur le rejet de
l¹ Etat providence par les salariés du milieu de l¹ échelle sociale, par
ceux-là mêmes qui en avaient tant profité mais ne supportaient plus de
devoir en payer le prix. C¹ est dans ces mêmes années que les
retournements russe et chinois et le décollage des pays asiatiques
convertis au marché libre avaient parachevé le triomphe idéologique du
libéralisme.

«Voyez, disait-on, même les communistesŠ» Les dogmes du moins d¹ Etat, du
moins d¹impôt et de la déréglementation
s¹ étaient imposés au détriment
de la redistribution, de la réglementation et de la protection sociale.
Adam Smith avait éclipsé Keynes. Le capitalisme anglo-saxon avait
ringardisé l¹économie sociale de marché, le modèle européen. On avait
trop vite oublié que, s¹ il n¹ y a ni création de richesses ni progrès
industriel sans liberté d¹entreprendre, la seule loi de l¹ argent est
celle du profit maximal, qu¹il ne se soucie que du court terme et qu¹une
société où il n¹ y a plus d¹arbitrage possible entre le capital et le
travail, entre le plus fort et le plus faible, court aux cataclysmes
politiques.

Ce qui devait arriver est arrivé : la «main invisible» a failli ;
l¹ argent s¹ est empoisonné de ses propres toxines et le libéralisme a si
bien désarmé l¹ Etat en imposant l¹ idée qu¹il n¹ était pas «la solution
mais le problème» que la démocratie, privée de son rôle de médiation
des conflits, s¹ en est, partout, affaiblie. Dans la douleur, le cycle se
retourne. Entre ce bilan du moment libéral, les difficultés sociales qui
s¹annoncent, la raréfaction des matières premières et le dérèglement
climatique, tout concourt désormais à réhabiliter l¹ Etat et l¹économie
sociale de marché.

L¹heure est à la social-démocratie, à l¹Europe et à son modèle de
concertation sociale, mais encore faudrait-il
qu¹elles soient à la
hauteur de ce défi, qu¹elles sachent défendre et renouveler leurs valeurs
.

Bernard Guetta est membre de conseil de surveillance de Libération.

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Sauvetage des banques: l'administration Bush met 700 milliards sur la table

AFP – 20 09 08

WASHINGTON (AFP) - L'administration américaine met 700 milliards de dollars sur la table pour enrayer la grave crise de confiance des marchés financiers, demandant au Congrès de la laisser récupérer des créances douteuses pour apurer les comptes des banques et relancer la machine du crédit. (...)

     "C'est une bonne base pour un plan qui peut rapidement stabiliser les marchés", a déclaré l'influent sénateur démocrate Charles Schumer, en regrettant toutefois qu'il n'y ait "aucune protection apparente pour les contribuables ou les propriétaires immobiliers".

      Samedi, M. Bush a défendu l'importance des sommes engagées. "Je suis convaincu que cette approche audacieuse coûtera beaucoup moins aux familles américaines que l'alternative" consistant à ne pas intervenir, a-t-il affirmé, en brandissant la menace de suppressions d'emplois "massives", d'une dégradation continue du marché immobilier et d'un tarissement des prêts à la consommation: une crise qui pourrait égaler en gravité le krach de 1929.

     Selon le document de l'administration, le plan aurait une durée de deux ans, mais le Trésor pourrait garder en son nom les actifs récupérés aussi longtemps que nécessaire. (...)


 



par henri Moulinier publié dans : Economie - libéralisme communauté : Les blogs citoyens
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