Dimanche 18 mai 2008
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Jean Ortiz, universitaire, a publié une tribune dans l'Humanité du 17 Mai 2008 - Extraits
"Pas d'immobilisme au pays de Fidel! Les autobus chinois et le pétrole vénézuelien ont quasiment réglé la crise des transports à La Havane. L'Ile vit tranquillement un moment exceptionnel de
changements exigés par la société. L'après-Fidel est en marche, sans engoisse, sans chaos, sans traumatismes. (...)
A La Havane, l'heure est à la recherche d'un 2e souffle
Raul anime discrétement une équipe vieille garde de quinquas, sans grands discours, efficacement, avec les coudées
franches. La page du leader charismatique "à la Fidel" se tourne progreesivement (...).
Gramma du 29 avril 2008 annonce que le parti a décidé de convoquer un congrès pour la fin 2009. Le PCC n'en avait tenu aucun depuis plus de 10 ans. Malgré les efforts de
recentrage, ni la "rectification des erreurs", ni la "période spéciale" n'avaient généré un modèle alternatif à un "soviétisme à la cubaine", depuis l'adhésion au Comecon en 1972. Le débat actuel
porte essentiellement sur ce qui reste un point faible: la stratégie de développement.
Sur la durée, le tourisme ne peut constituer le seul moteur du développement...
... et le marché des biotechnologies s'avère très sesible et concentré. Dans une transition conjoncturelle
de "tertiarisation" de l'économie, la direction cubaine vient de lever ce que Raoul avait qualifié d'"interdictions absurdes": libération de l'accès (cher) aux portables, Dvd, ... aux hôtels pour
touristes étrangers, possibilité à court terme de voyager sans entraves, etc.
Mais l'essentiel se joue au niveau d'une agriculture qui était très déprimée
... et considérée excessivement dépendante du sucre... dont les cours
remontent. Etait-il judicieux de fermer une sucrerie sur 2? Manifestement revitalisée, pour la première fois depuis longtemps, la production agricole a augmenté de 25%. La "désétatisation
socialiste" de l'agriculture progresse, portée par de nouvelles formes de gestion et de production. Les coopératives (UBPC) et les petits paysans reçoivent désormais la terre en usufruit
pour un temps indéterminé. Ils sont propriétaires de leur production (...)
Des différences de classes générées par la "dollarisation" et la dualité de change (peso cubain et monnaie convertible CUC)
... l'apparition de couches privilégiées, une érosion des valeurs, des inégalités et des reculs sociaux mal
supportés par la population. Le gouvernement a mis en place des "programmes sociaux" pour y remédier et protéger les plus faibles. Le 27 avril, lea presse a annoncé l'augmentation de 20% des
pensions pour tous les retraité de la sécurité sociale et tous les cubains qui dépendent de l"assistance sociale. La mesure touche 2 154 426 personnes (Nb: Cuba compte 11 000 000 d'habitants). Dans
son discours au Comité central du 28 avril, Raoul a insisté sur la nécessité d'institutions politiques, d'Etat, sociales et de masse fortes. La lutte idéologique est vive face aux nouveaux
défis.
Comment le parti unique peut-il exprimer la diversité de la réalité sociale et les attentes d'une société profondément
renouvelée?
Pendant ce temps, le proconsul nord-américain Caleb McCarry, "coordinateur" de "la transition à Cuba", poursuit sa
tournée européenne clandestine pour promouvoir les sanctions contre "la dictature cubaine" et rétablir le capitalisme ("économie de marché") à La Havane "
NB: ces analyses et informations recoupent, pour l'essentiel, les impressions que j'ai pu avoir lors de notre voyage. J'ose espérer que les choses vont continuer à bouger,
pour le bien des Cubaions et la démocratie, sans tomber sous la coupe des Etats-Unis et des multinationales.
Par henri Moulinier
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Publié dans : Cuba et l'Amérique Latine
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