Vendredi 25 janvier 2008
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C'est une perte colossale que vient de déclarer la Société Générale: 7 milliards d'euros
- 4,9 milliards due à une "fraude" d'un des traders de la banque
- 2 milliards dus à la crise des "subprime" américains
Par delà la "fraude" qui va faire l'objet d'une enquête officielle, il me semble souhaitable de voir les dessous de 'icberg financier qui met en
évidence la dérive du système financier. Elie Cohen, professeur d'économie à Science Po, n'accepte pas l'explication officielle de la Société Générale: une contexte "malheureux".
Ne s'agit-il pas de faire porter le chapeau à ce trader des pertes
accumulées par la banque avec la crise des "subprimes"?
Elie Cohen dit: " La banque française, championne des produits dérivés est chatiée par là où elle
a innové. Les procédures de contrôle interne, qui normalement constituent le coeur de métier des banques, se sont révélées dramatiquement insuffisantes"
Un analyste d'une société de gestion parisienne, cité par l'Humanité, et qui souhaite garder l'anonymat, estime " quand même curieux que quelqu'un qui, semble-t-il,
n'avait pas de tès grosses responsabilités" ait pu seul provoquer de telles pertes. "Ce n'est pas à une personne qui touchait peu pour le secteur, même pas 100 000 euros, à qui on va confier des
portefeuilles extrêmement importants", jugeant que la Société Générale est peut-être en train de "charger un pauvre bougre pour faire passer des pertes qui se sont accumulées " au cours de la crise
des subprimes"
Pierre Nanterre, Président de la Commission Economie du Medef, rectifie: " Nous sommes face à une crise
bancaire" et non une crise économique. "Il y a un virus dans le système. Nous devons l'expulser. Une fois la purge terminée, les fondamentaux de l'économie mondiale sont suffisamment bons
pour que la vie reprenne". Pour lui, il n'y a pas de raison que tout ne rentre pas dans l'ordre puisque la croissance mondiale continue d'afficher un taux de 3,5 à 4%, que les grandes entreprises
continuent de "faire des profits", que la "compétitivité est là" et que la consommation résiste. Il n'y a donc, pour lui, aucune raison que tout ne rentre pas dans l'ordre. Cependant il s'interroge
sur les conséquences de cette crise bancaire sur l'économie: " Quand la crise va-t-elle commencer à pénaliser l'octroi de crédits aux entreprises, notemment aux PME?"
L'économiste en chef du Medef ne se trompe-t-il pas? Déjà, le Medef s'est trompé sur la crise des "subprimes" qui a émergé en Aout: A l'époque, on la pensait limitée"
Pour en revenir à "l'escroquerie" individuelle: ne s'agit-il pas plutôt d'une véritable "faillite" du
système financier?
Le véritable problème n'est-il pas celui des mécanismes boursiers, spéculatifs, qui ont permis cette évaporation financière? Et la gravité des pertes des banques liées à cette
spéculation sur des "titres" boursiers liés aux subprimes? Le mal semble donc plus profond: celui d'une logique financière ultra spéculative qui recherche le profit financier maximum par
tous les moyens spéculatifs. ( le 25/1)
"On nous vend une affaire ficelée" dit l'ancien commissaire Jean-Pierre
Steiner
:
"Sud-Ouest" du 26/1 interview cet ancien commissaire de la PJ financière. Un extrait de ses appréciations: " On nous
jette en pâture, image à l'appui, un grand délinquant de 3O ans pour expliquer une perte colossale, la plus importante du genre dans l'histoire de la finance mondiale. L'affaire est vendue ficelée. Et les banquiers nous disent que chez eux, c'est une maison de verre et qu'ils sont d'une totale bonn foi. On est habitué à
ce genre de discours. En une nuit, ils ont découvert la manipulation, mis à jour le mode opératoire, identifié l'auteur et évalué le préjudice. Tant qu'à faire, ils pourraient se passer des juges
et des policiers et traduire directement le trader en correctionnelle lundi matin, dès l'ouverture des portes du tribunal. De qui se
moque-t-on?"